Pour Marion Muller-Collard, « l’intranquillité, c’est ce qui étoffe, épaissit, élargit »

dimanche 09 avril 2017

Chômage en hausse, une guerre qui n’en finit pas en Syrie, attentats terroristes en Europe… L’intranquillité façonne nos vies. La théologienne alsacienne Marion Muller-Colard y voit pourtant un ferment de liberté. Explications.

Marion Muller-Colard est une grande lectrice de la Bible. Et l’Ancien Testament, souligne-t-elle, c’est avant tout l’histoire d’un peuple qui ne trouve jamais où s’installer, qui est voué au nomadisme, de façon plus ou moins subie, plus ou moins assumée. « Pour moi, il y a une vraie leçon d’humanité. Le nomadisme, à mon échelle, c’est ce qui me permet de travailler ma capacité d’adaptation en permanence. C’est un nomadisme spirituel et intellectuel. C’est refuser de fixer les choses une fois pour toutes. Et ça rend intranquille. Car c’est plus facile de faire demain ce que j’ai déjà fait aujourd’hui. D’avancer sur des rails. De ne pas interroger l’histoire. De ne pas réinterroger mes héritages. Mais l’intranquillité, c’est ce qui m’étoffe, ce qui m’épaissit, m’élargit. »

La Bible, un livre de recettes ?

Et Marion Muller-Colard de raconter qu’elle est « allée dans la Bible » à l’adolescence. Pour y chercher comme un livre de recettes, « un truc qui ferait que je saurais ce qu’il faut faire de la vie. Que je pourrais enfin poser mes bagages quelque part. » Elle y est allée pour y chercher de la tranquillité ; et ce n’est pas ce qu’elle y a trouvé. « Mais c’est ça qui m’a accroché ! Car finalement, au lieu que la Bible me dise ce qu’il faut faire, j’y ai trouvé quelqu’un qui prenait au sérieux ma parole humaine, mon balbutiement. »

La vie revient

Et si l’intranquillité – ce néologisme emprunté à Fernando Pessoa (1) – a de tout temps été une donnée incontournable de l’existence humaine, il y a pour la théologienne alsacienne comme un moteur à accepter le réel, « qui nous voue à l’intranquillité en permanence ».  Et de poursuivre : « J’ai eu des épines dans le pied qui m’ont poussée à me dépasser moi-même. Mais je crois contre toute raison à la résurrection, comme quoi il y a un « après l’horreur ». Pâques, c’est ça : il y a d’abord l’horreur, puis la vie », assure-t-elle.
Le christianisme ne nous raconte-t-il pas un Dieu qui s’est réduit à la frontière d’un corps, qui s’est rendu vulnérable en naissant dans une étable ? Cette fragilité s’est rejouée à Pâques, où Jésus, face à Pilate, a accepté sa précarité jusqu’à la mort. Mais il est ressuscité !
Gabrielle Desarzens

Note
1 Fernando Pessoa a été un écrivain, critique et poète portugais (1888-1935). Le Livre de l'intranquillité est une œuvre posthume publiée pour la première fois en 1982.

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