“Débat 'No Billag': de l’importance d’un service public audiovisuel de qualité en démocratie”, une prise de position de Pierre-André Léchot

La notion de service public pour la radio puis la télévision a été forgée par un chrétien convaincu il y a bientôt cent ans. A l’image de nombreuses autres institutions (écoles, hôpitaux), les médias de service public audiovisuel continuent aujourd’hui à oeuvrer pour le bien commun et doivent être à ce titre reconnus, soutenus et accompagnés. D’autant plus que la FREE est partenaire de Médias-pro pour les émissions radio de RTSreligion.

Par Pierre-André Léchot | le mercredi, 17 janvier 2018

Pour une contribution décisive à une information de qualité, pour le maintien d’une répartition solidaire des moyens entre les quatre régions linguistiques de la Suisse, pour la sauvegarde de programmes originaux qui renforcent le développement de la vie démocratique, et pour la production et la diffusion d’émissions diversifiés qui évoquent le fait religieux, il faut voter non à l’initiative “No Billag”.

Informer, éduquer, divertir

John Reith, chrétien calviniste convaincu, a fondé en 1922 la BBC (British Broadcasting Company) sur trois piliers fondamentaux: éduquer, informer et divertir. Il s’est battu pour que les journalistes puissent exercer leur profession de façon indépendante, et il a positionné la BBC comme média de qualité au service de son audience.

Le service public audiovisuel en Suisse continue à viser ces nobles objectifs. Ceci à l’échelle des régions linguistiques (SSR), et à l’échelle régionale (radios et télévisions de proximité, mandatées pour leur rôle spécifique de service public). La redevance – que l’initiative “No Billag” entend éliminer – est une façon équitable et solidaire de soutenir les médias de service public, avec une répartition (péréquation financière) qui soutient les minorités linguistiques: c’est une contribution fondamentale au vivre ensemble en Confédération.

Dieu ou Mamon

Jésus-Christ oppose le service de Dieu au service de l’Argent personnifié (Matthieu 6.24). Pour éviter que l’argent soit le maître, sur le plan des médias, le financement par une redevance contrôlée politiquement, associé à un cahier des charges qui cadre et protège l’exercice d’un journalisme de qualité, est une solution qui a fait largement ses preuves dans les pays démocratiques.

Des médias gratuits? Ça n’existe pas. Rechercher, vérifier, raconter et diffuser l’information a un coût. Il existe des publications distribuées sans frais, mais, comme le dit l’adage: “Si c’est gratuit, c’est toi le produit.” Autrement dit, ces supports visent à toucher une audience avec des contenus publicitaires (ou à “vendre de l’audience aux annonceurs”), ce qui peut influer sur le genre et la qualité des informations proposées… entre les espaces publicitaires (quand cette distinction fondamentale entre publicité et information existe encore).

Le financement d’un service public audiovisuel de qualité permet de soutenir la production et la diffusion indépendante de programmes qui apportent un bénéfice au public, sans que tout soit soumis à des exigences de rentabilité immédiate.

Une contribution décisive au vivre ensemble

Les médias de service public audiovisuel enrichissent l’offre de programmes, donnant leur chance à des émissions parfois peu regardées mais très appréciées, qui rendent compte de cultures et de réalités sociales diversifiées. La dimension spirituelle et religieuse est prise en compte (voir tout ce qui est proposé par RTSreligion), même si les taux d’audience ne sont pas aussi élevés que pour d’autres genres d’émissions.

Les croyants sont encouragés à rechercher le bien de la société dans laquelle ils se trouvent (Jérémie 29.7). Voter non à l’initiative “No Billag”, c’est reconnaître ce qu’apportent nos médias de service public et les soutenir, pour le bien commun. Ce qui n’empêche pas de chercher à les accompagner encore mieux, en questionnant le montant de la redevance (comment faire mieux avec moins?), l’étendue des missions de service public (ajouter des émissions de décryptage et de critique des médias?), la qualité, la diversité et le caractère innovant des programmes. En France, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) contribue à un questionnement continu des contenus et des pratiques des médias. Un organe équivalent pourrait être un plus dans notre pays aussi.

Je voterai non à “No Billag” en tant que citoyen, en tant que passionné de communication et des médias, et en tant que chrétien. Je continuerai à encourager les journalistes et toutes les autres personnes qui s’investissent avec coeur dans les médias, de service public ou pas. Leurs métiers contribuent de manière décisive au maintien et au développement de la vie en société démocratique. J’invite toute personne, et notamment celles qui confessent la foi chrétienne, à voter non à “No Billag”, pour le bien commun.

Pierre-André Léchot
Formateur, représentant de la FREE auprès de la Commission d’expert.e.s de Médias-pro (service protestant de radio et télévision pour les programmes de RTSreligion)

4 réactions

  • Alain Normand vendredi, 19 janvier 2018 14:48

    Cher Ami,
    On ne peut, évidemment, que voter NO à NO BILLAG.
    Cependant, la démocratie ce n’est pas n’importe quoi. Il est aussi évident que, en matière des médias comme en celui de la santé, en général en Suisse, nous vivons au-dessus de nos moyens.
     
    Avoir deux chaînes de télévision et plusieurs programmes radio, par exemple, pour une population d’environ 1'500'000 personnes en Suisse romande, c’est tout simplement trop, parce que trop coûteux. Sans parler du Tessin, pour une population plus petite, ou des chaînes régionales. C’est un peu la même logique que d’avoir deux hôpitaux de dimensions nationales dans le seul canton de Neuchâtel, avec ses quelque 150'000 habitants. Nous avons les yeux plus gros que le ventre de notre démocratie.
     
    Du coup, la redevance est bien trop élevée, en comparaison européenne. Tout comme les primes des caisses maladie, qui ont atteint des sommets insoutenables pour le bon peuple pourtant démocratique.
     
    Alors NO à NO BILLAG, on est bien d’accord, mais, me semble-t-il, les responsables des médias helvétiques seraient bien inspirés, de proposer un plan B, avec de sérieuses réformes pour réduire et leurs prestations en matière de communication et le prix de la redevance.
     
    Les journalistes télévisuels pourraient en profiter pour jouer davantage le jeu démocratique, et, à l’issue des votations, se montrer plus respectueux des choix faits par la majorité. Il est à craindre que l’absence d’une simple déontologie à ce sujet ait quelque peu décrédibilisé leur position et, par-là, l’autorité de la fonction publique.
     
    Même en démocratie, et peut-être surtout en démocratie, les limites finissent toujours par s’imposer… presque d’elles-mêmes !
     
    Amicaux messages,
    Alain N

  • Monot René vendredi, 19 janvier 2018 19:11

    Un grand Merci à Pierre-André Léchot pour sa prise de position à propos de l'initiative "No Billag": intelligente et constructive !

  • Pascal vendredi, 19 janvier 2018 20:37

    Voter oui à" NoBillag" et soutenir les TV chrétienne, comme theo tv - Dieu tv sur maxtv voilà une belle opportunité de diffuser le message de Jésus ! car quelles sont les émissions et les valeurs chrétienne sur la RTS ? Alors OUI à No Billag.

  • Marc-Etienne dimanche, 21 janvier 2018 19:49

    Merci pour cet article intéressant, qui reflète le point de vue de Pierre-André Léchot. Il me semble que quelques points méritent correction : Je cite :

    "...pour la production et la diffusion d’émissions diversifiés qui évoquent le fait religieux..." Pour cette raison, il faudrait voter OUI à l'initiative. Pour autant qu'on ne soit pas aveugle ou sourd, on aura remarqué dans quel sens vont nos radios et télévisions nationales. Certainement pas pour plus de faits "religieux" dans le futur, ou alors bien dilués et mélangés à toutes sortes de faits sociétaux, expériences ésotériques et autres.

    Je suis persuadés qu'un non à l'initiative leur donnera l'impulsion qu'ils attendent pour diminuer encore tout ce qui a une connotation chrétienne. Autant je rêve d'entendre le message clair et libérateur de Jésus à la radio, autant je ne trouve que modérément intéressant d'entendre des "faits religieux" qui confortent une bonne partie des auditeurs dans leur ressenti que cela n'est pas pour eux. (Désolé pour les personnes qui font de leur mieux dans le cadre de RTSreligion).

    Saviez-vous, d'ailleurs, que la principale radio chrétienne en Suisse alémanique (ERF/Life Channel) ne reçoit pas un centime de Billag ? Pour quelle raison pensez-vous que cela est ainsi...? Eh oui, elle est "trop" évangélique !

    Puisque vous parlez plusieurs fois de démocratie... On dit souvent que les médias sont le 4e pouvoir. Avez-vous déjà voté une seule fois pour élire nos journalistes ? N'est-ce pas plutôt un fait qu'il est quasiment impossible de vouloir les critiquer, liberté de la presse oblige ! Ou essayez de parler négativement d'avortement, d'homosexualité ou de conversion à la radio ou télévision et vous verrez de quelle manière on vous répondra.

    Vous trouvez "équitable et solidaire" que chacun - la famille qui arrive tout juste à boucler les fins de mois comme le milliardaire - soit OBLIGE de payer le même montant, d'ailleurs même sans avoir de télévision ? A propos, je n'ai rien contre les milliardaires !

    "...en questionnant le montant de la redevance (comment faire mieux avec moins?)..." Comment voulez-vous questionner ceci si l'initiative ne passe pas ?! C'est très bien d'être optimiste, mais cela me parait plutôt... utopiste, voire naïf.

    Voilà, tout en étant d'accord avec quelques-uns de vos points, il me semblait important de corriger ces points-ci pour un point de vue plus nuancé. Merci d'en tenir compte dans votre prise de décision.

    Marc-Etienne

Les signataires de ces textes sont soit des membres de l’équipe de rédaction de lafree.ch soit des personnes invitées.
Chacun s’exprime à titre personnel et n’engage pas la FREE.

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