Fermeture d’églises en Algérie : les chrétiens mis sous pression

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Mardi 27 février, une nouvelle église algérienne a été mise sous scellés à Oran. Depuis la fin de l’année dernière, plusieurs communautés ont été fermées par les autorités du pays aussi dans le sud et en Kabylie. « Le but est d’en limiter le nombre », résume le pasteur évangélique Youssef Yacob, joint sur place et dont les propos ont été diffusés dimanche 4 mars sur les ondes de RTS La Première.

Par Gabrielle Desarzens | le lundi, 05 mars 2018

« L’église d’Aïn el Turk, d’Oran... » Le pasteur Youssef Yacob énumère les églises fermées dans l’ouest du pays, dont certaines ont été mises sous scellés. Puis il ajoute que le sud du pays est aussi concerné ainsi que quatre églises en Kabylie. C’est un comité composé de fonctionnaires du ministère des Affaires religieuses, de la gendarmerie nationale, du département du renseignement et des pompiers qui a visité 25 églises sur les 45 qui sont affiliées à la principale Eglise d’Algérie, l’Eglise protestante d’Algérie (EPA). Ce comité a ordonné la fermeture de certaines d’entre elles avec le motif qu’elles ne sont pas en règle. L’EPA est pourtant reconnue officiellement par le gouvernement depuis 1974. « Le but est de fermer toutes les églises en Algérie, déclare par téléphone portable le pasteur, probablement sur écoute et qui a pris un nom d'emprunt. Enfin: d'en limiter le nombre en tous les cas. »

L’Alliance évangélique mondiale a réagi auprès des autorités, de même que la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme : toutes deux invoquent la liberté religieuse et la liberté de culte.

Persécution individuelle

Au niveau individuel, deux responsables chrétiens ont été condamnés à deux ans de prison pour prosélytisme, indique le pasteur. Une autre source témoigne qu’un jeune de l’église de Tizi Ouzou en Kabylie vient d’être condamné à 6 mois de prison ferme et à 20'000 dinars d’amende pour le même motif. Un libraire de littérature chrétienne a aussi dû fermer boutique, de même que deux écoles bibliques. C’est l’ordonnance de 2006 qui est alors invoquée puisqu’elle prévoit des peines de prison contre toute personne qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tentant de convertir un musulman à une autre religion ». Il faut dire que la multiplication des conversions au christianisme agace le gouvernement, qui veut freiner ce qu’il appelle « un phénomène néfaste ».

Dans les faits, « on n’a pas vraiment besoin de parler de notre foi chrétienne,  déclare Youssef Yacob. Des personnes musulmanes se convertissent par le biais de télévisions ou de radios chrétiennes, par exemple. Après, elles recherchent la proximité de chrétiens qui pourraient répondre à leurs questions. Et puis le Saint-Esprit touche beaucoup de cœurs », estime-t-il.

Explications demandées

Mais pourquoi est-ce que le gouvernement algérien exerce de nouvelles pressions maintenant ? « La liberté religieuse est une liberté fondamentale que l’Etat doit garantir, rappelle à Genève Wissam al-Saliby. A aucun moment le gouvernement algérien n’a avancé l’hypothèse que l’église jouait un rôle politique ou sécuritaire. Il faut donc qu’il clarifie pourquoi il mène cette campagne actuellement contre les églises. »

Selon le politologue Hasni Abidi, la religion est souvent utilisée en Algérie pour faire diversion sur les vrais enjeux du pays, qui sont en l’occurrence une situation politique bloquée et des turbulences au niveau socio-économique.

Cela dit, c’est à Oran que les dernières églises ont été mises sous scellés, justement là où la cérémonie de béatification de 19 martyrs chrétiens – dont les célèbres moines de Tibhirine – pourrait intervenir cet automne. Une célébration délicate dans ce pays qui a été meurtri par 200'000 morts dans les années 90, face à l’islam armé. Ces béatifications en Algérie mettent en fait en évidence le paradoxe d’une Eglise invitée « à exister sans se faire remarquer, à témoigner sans chercher à convertir », selon les mots d’un journaliste français.

Gabrielle Desarzens

« Fermetures d'Eglises en Algérie » dans Emission Hautes Fréquences sur RTS La Première.

8 réactions

  • Zineb zineb mercredi, 07 mars 2018 06:18

    C'est quoi la liberté de conscience ?de croire ou de ne pas croire? Réside t-elle dans la chose physique de toute croyance humaine?comme une personne, ou matérielle comme un lieu de culte?????je n'ai aucune réponse a votre place. Que chacun assume ses actes et pensées devant l'ignorance des personnes qu'il côtoie au quotidien qu'il est tenu de respecter humainement et d'en être responsable civilement. La vie coûte cher pour l'ôter a un etre humain,au risque de voire la sienne menacée. Il faut a mon sens ne pas précipiter les actes regrettables un jour lorsque descend la sentence de vous les faire payer .ce pourquoi les dénoncer vaut lieu que d'agir a l'aveuglette dans un monde qui incite a tolérer l'immoral sous prétexté que c'est une liberté. Si il n'y a plus de religion dans les esprits, il y a ai moins une morale guide a éloigner le mal sociétal. Bonne conscience a tous et a toute.

  • SC jeudi, 08 mars 2018 07:53

    Merci de votre réaction. C'est vrai que la liberté de conscience est quelque chose d'immatériel et que, fondamentalement, elle n'est pas menacée par la fermeture de lieux de culte. Mais nous ne sommes pas que des consciences, nous sommes des êtres créés vivant dans la matérialité. Donc fermer des lieux de culte qui n'ont rien d'extravagant est une manifestation concrète d'une violation de cette liberté que nous chérissons ensemble: la liberté de croire ou de ne pas croire.
    Amitiés.
    Serge Carrel
    Responsable de lafree.ch

  • Brahim jeudi, 08 mars 2018 22:26

    Merci pour toute la peine que vous vous donner. Nous sommes dans une situation très triste car d'un côté ils disent que la liberté de culte est garantie et de l'autre côté nous avons la loi de 2006 Qui est la pour interdire toute chose et pour trouver des justifications valables pour empêcher cette liberté comme par exemple: les lieux utilisés pour le culte ne sont pas adéquat et de l'autre côté si on demande un permis de construction pour l'avoir, on ne risque pas de l'obtenir . Tout est fais pour que les chrétiens se découragent. Sans parlé d'intimidations et autres que nous subissons.

  • Sibdib dimanche, 18 mars 2018 18:32

    Ils sont raison de fermer les églises il faut une autorisation c'est pourtant simple à comprendre non ?
    Si tu ne respecte les lois du pays ou tu vie alors tu dégage

  • Serge lundi, 19 mars 2018 08:58

    Monsieur,
    Votre réaction est curieuse. On parle ici de citoyens algériens... De plus, la liberté de pratiquer ses convictions religieuses est un droit humain fondamental, que l'Algérie peine à respecter... D'où notre soutien aux chrétiens algériens. Les soutenir, c'est soutenir le respect des droits de l'homme en Algérie. J'espère que vous partagez ce plaidoyer.
    Amitiés! SC

  • Seb dimanche, 25 mars 2018 10:15

    Bonjour. Je rejoins Siddib, sur la forme. Cela fait longtemps que nous, européens, aurions du exclure ceux qui ne respectaient pas nos lois. Nous ne nous serions pas fait imposer une idéologie mortifere. Il est temps de mettre fin au Moyen Age intellectuel, et seule la parole de Jésus peut nous y conduire. Exit la loi du Talion, exit la croyance que l homme qui tue au nom de sa Foi accomplit la volonté d un Dieu qui a pourtant clairement donné comme consigne tu ne tueras point. Ils ont peur de la parole de Jésus? Seul le Diable et ceux qu il guide en ont peur. Mais ils ne peuvent rien contre la vérité.

  • Tiab lundi, 26 mars 2018 01:20

    C'est de la propagande rien de cela n'est vrai, les chrétiens ont la liberté de pratiquer en Algérie, sauf que la lois ne les autorise pas de prêcher où d'essayer de convertir des musulmans, il faut aussi rappeler que tout lieu de culte à besoin d'une autorisation en Algérie même quand il s'agit d'une mosquée, donc ces églises doivent se mettre en règle avant qu'elles soient ré-ouvertes. (SVP Soyez civilisé, et pas de racisme l'un envers l'autre)

  • Brahim vendredi, 30 mars 2018 01:30

    Je veux s'enscrire à set école comment fere