«Avec le décès de Billy Graham, une figure emblématique du protestantisme évangélique disparaît» par Jacques Blandenier

Le décès mercredi 21 février du pasteur américain Billy Graham marque les esprits. Il est une figure marquante des évangéliques du XXe siècle de par l’impact de son ministère d’évangéliste, et de par son engagement pour l’unité des chrétiens dans leur ensemble et des évangéliques plus précisément. C’est la conviction de Jacques Blandenier, pasteur retraité et ancien formateur d’adultes de la FREE.

Par Jacques Blandenier | le jeudi, 22 février 2018

Les campagnes d’évangélisation du pasteur Billy Graham sur les cinq continents ont rassemblé des foules immenses durant toute la seconde moitié du XXe siècle. On mesure mal peut-être en Europe l’influence spirituelle de son ministère aux Etats-Unis, y compris à la Maison-Blanche au point qu’on l’a surnommé parfois le « pasteur de l’Amérique ».

Billy Graham incarne de façon frappante le charisme de l’évangéliste, même si ce charisme peut prendre des formes fort différentes.

Une prédication simple et directe

Les prédications de Billy Graham frappaient par leur simplicité, le caractère direct de ses interpellations à ses auditeurs. Il ne s’embarrassait pas de subtilités théologiques, sachant aller doit au cœur du message de l’Evangile : l’appel de Jésus-Christ à la réconciliation de chacun personnellement avec Dieu. Ses messages rejoignaient les gens dans leur vécu quotidien. Surtout, l’autorité qui caractérisait sa prédication était celle d’un homme qui citait constamment la Parole de Dieu : « La Bible dit » était son leitmotiv.

Billy Graham était très bien informé des courants de pensée de son époque. Il pouvait citer des économistes, des politiciens, des sociologues – sans doute avait-il dans son équipe de collaborateurs non seulement des musiciens et des conseillers en communication, mais aussi des « documentalistes » qui lui apportaient leur concours.

Son charisme d’évangéliste ne se manifestait pas seulement par son don d’orateur aux convictions affirmées, mais par sa manière d’appeler chacun à prendre position. Il ne se bornait pas seulement à « informer » : aucune de ses prédications ne se terminait sans un appel à une décision personnelle pour Jésus-Christ, décision qui se concrétisait par une invitation à s’avancer devant l’estrade pour être conseillé par des chrétiens plus expérimentés (et formés pour cette tâche durant les mois précédant ses campagnes).

Il travaillait à l’unité des Eglises

A côté de ses messages aux foules, l’impact de ses campagnes résidait aussi dans la condition « sine qua non » qu’il posait pour toute réponse positive aux invitations qu’il recevait : que les Eglises d’un même lieu s’unissent pour préparer et soutenir sa venue. La plupart du temps, ce fut l’occasion d’un décloisonnement de communautés et paroisses diverses qui, jusqu’alors, s’ignoraient mutuellement.

On dira peut-être que ces grands rassemblements créaient une atmosphère très (trop ?) propice à des conversions superficielles. En réalité, elles étaient aussi un défi adressé aux Eglises locales pour qu’elles prennent en charge le « suivi » de ces conversions. Pour ma part, ayant eu l’occasion de suivre plusieurs de ces manifestations d’évangélisation, je n’ai jamais ressenti une forme de conditionnement ou de manipulation, de climat euphorique, de promesses fallacieuses comme c’est parfois (et de plus en plus ?) le cas actuellement. On peut d’ailleurs le vérifier : les nombreuses émissions radiophoniques de « L’heure de la décision », produite par Billy Graham et ses collaborateurs, rejoignaient les gens dans l’intimité de leur demeure, sans mise en condition. Ayant participé avec d’autres à l’édition de plusieurs des livres de l’évangéliste dans le cadre des Editions des Groupes Missionnaires, nous avons reçu à maintes reprises des témoignages de conversion suite à la lecture d’un livre de Billy Graham, y compris de personnes issues d’autres religions. Son premier livre traduit en français, La Paix avec Dieu (1954, puis complété et actualisé en 1986), est sans doute le best-seller absolu des ouvrages évangéliques : 260'000 exemplaires ont été vendus en francophonie !

Un rassembleur des évangéliques

Mais il faut ajouter une dimension importante du ministère de Billy Graham qui a fortement influencé le monde évangélique. A son initiative, et dès les années 1960, plusieurs Congrès pour l’évangélisation du monde ont été mis sur pied. Graham a su s’entourer de leaders évangéliques de premier plan, notamment de John Stott ou des dirigeants des Groupes bibliques universitaires comme Samuel Escobar ou René Padilla, ainsi que de théologiens réputés comme Carl Henry. De ces diverses consultations est né le Congrès pour l’évangélisation du monde à Lausanne en 1974, qu’il a co-présidé avec John Stott. Ce congrès a marqué un tournant dans la pensée évangélique, au point qu’on peut parler d’un « avant » et d’un « après » Lausanne 74. Un souffle nouveau a résulté de ce congrès et de ceux qui l’ont suivi, à Manille en 1989 et au Cap en 2010, réconciliant la proclamation du salut et l’engagement social, la prise en compte de l’homme et de la société dans leur totalité.

Rien à voir avec une certaine droite religieuse américaine d’aujourd’hui !

Il faut noter enfin que le courant évangélique incarné par Billy Graham est très éloigné de certains courants actuels d’une droite évangélique conservatrice dont certaines positions nous choquent de ce côté-ci de l’Atlantique. Il faut refuser aussi tout amalgame avec quelques télévangélistes plus ou moins sulfureux et certains courants marqués par la recherche de la prospérité financière. Le courant fondamentaliste extrémiste a souvent pris position fermement contre Billy Graham et sa main tendue à tous les milieux chrétiens, y compris catholiques, qui étaient prêts à entrer dans la démarche d’évangélisation qu’il incarnait.

Certes, on peut émettre des réserves sur sa théologie qui accorde une grande influence à la part de l’homme dans la démarche du salut, et ne pas souscrire à certains aspects de « l’américanisme » que reflétaient ses campagnes d’évangélisation. Mais avant tout, on ne peut que rendre grâce au Seigneur pour ce ministère qui a porté un fruit considérable pour la gloire de Dieu et le salut de multitudes.

Jacques Blandenier, pasteur et formateur d’adultes retraité (FREE)

2 réactions

  • Pascal Vidoudez jeudi, 22 février 2018 12:23

    Que Sa mémoire soit en bénédictions pour plusieurs. Amen

    Billy Graham ne disait-il pas : "Les Juifs sont le peuple élu de D.ieu, nous ne pouvons pas nous opposer à Israël sans que cela nous nuise » ?

    Dans cet article des Juifs qui l’ont côtoyé pendant souvent des décennies se souviennent de Billy Graham. Voici un extrait :

    "Il était profondément attaché à sa foi chrétienne mais en même temps, il était tolérant et aimant envers ceux qui ne partageaient pas la sienne", déclare le Rabbin Eckstein.

    "Le Révérend Graham était un magnifique prédicateur qui aimait l'Ancien Testament. Il était un véritable ami du peuple Juif et avait une grande admiration pour Israël. Il avait la foi que c'était la terre promise du peuple Juif et qu’elle serait maintenant la nôtre pour toujours. Le Révérend croyait vraiment que les chrétiens et les Juifs pouvaient travailler ensemble pour ramener la paix et la rédemption dans le monde ", déclare le Rabbin Rabbi Shlomo Riskin, Grand Rabbin d'Efrat et fondateur du Centre de compréhension et de coopération judéo-chrétien.

    Le Directeur de la « Knesset Christian Allies Caucus », commission parlementaire israélienne de dialogue avec les chrétiens du monde entier, et d’assistance envers les chrétiens israéliens, a encore rendu hommage à Billy Graham en disant de lui qu’il était « une lumière pour les futures générations » et qu’il « espérait beaucoup de la nouvelle génération de pasteurs qu’ils suivent son exemple en se tenant debout aux côté d’Israël et de ses citoyens. »

    D’autres témoignages dans l’article ici (en anglais)

    https://www.breakingisraelnews.com/103127/jewish-leaders-mourn-passing-reverend-billy-graham-friend-israel/?utm_campaign=shareaholic&utm_medium=facebook&utm_source=socialnetwork#AP3hEKzKS63TmVJv.97

  • Alain Normand jeudi, 22 février 2018 16:16

    Quel ministère que celui de Billy Graham !
    Un évangéliste extraordinaire, certes, mais aussi un prophète pugnace, dont sa dénonciation du mal et l'appel à la repentance, dans la presse et autres médias, remuait tout un pays, comme cela a été notamment le cas en Angleterre.
    Quand il était venu à Paris pour une campagne d'évangélisation au Vel'd'Hiv, j'avais lu dans un magazine réformé, "qu'il évangélise comme on vend des savonnettes...". Faux ! Je m'étais alors procuré plusieurs brochures de ses prédications : chacune d'elles était une pièce d'anthologie de ce que devrait être une prédication d'évangélisation, à la fois biblique, attrayante, équilibrée et percutante ! Rien d'un bonimenteur là-dedans! Mais le talent et la force de conviction hors normes d'un évangéliste investi de l'Esprit de Dieu.
    L'exercice de son ministère a été exceptionnel dans bien des domaines, comme on peut le lire dans son autobiographie très significative : "Tel que je suis, Billy Graham" (édition française Eternity Publishing House, 1997). Tout cela aurait pu lui monter à la tête... et pourtant, dans ce livre, il a pu écrire : "J'ai très souvent déclaré que la première question que je poserai en arrivant au ciel serait : 'Pourquoi moi, Seigneur? Pourquoi as-tu choisi un jeune fermier de la Caroline du Nord pour prêcher à de telles foules, lui donnant une équipe de collaborateurs si formidables, afin d'avoir part à l'oeuvre que tu accomplis en ce vingtième siècle?'. J'ai souvent pensé à cette fameuse question, mais je sais que seul Dieu possède la réponse."