Thomas, un «parfait» incrédule? Par Anne-Catherine Piguet

vendredi 03 avril 2009
Thomas est le type même de l’incrédule… à qui, bien sûr, nous ne ressemblons pas! Un apôtre qui refuse de croire Jésus vivant, tant qu’il n’aura pas vu et touché les marques des clous dans le corps du Ressuscité. Lui qui a suivi Jésus durant trois ans, qui a entendu ses enseignements, assisté à de nombreux miracles, et même à la résurrection de Lazare... Comment peut-il douter à ce point? Portrait.

Lazare est mort et Jésus veut le réveiller (1). Il dit à ses disciples: « Allons vers lui! » Mais au lieu de comprendre allons au tombeau de Lazare, Thomas interprète: « Rejoignons-le dans la mort! » Alors il s’enthousiasme et ajoute: « Allons, nous aussi, pour mourir avec lui! » Thomas est un fougueux. Il est prêt à tout, même à mourir avec son Maître, en y entraînant les autres disciples.

Fougueux et peureux!
Juste avant d’être arrêté, Jésus annonce aux disciples qu’il va s’en aller. Il les encourage à ne pas se laisser troubler: « Croyez en Dieu, et croyez en moi! » (2). Mais les disciples sont inquiets. Jésus leur paraît énigmatique. Ils étaient sûrs qu'il serait bientôt proclamé roi, qu’il les délivrerait de l’occupation romaine! Et voilà qu’il leur parle de partir, dans un lieu où ils ne peuvent le suivre...
Thomas, qui était prêt à entraîner les autres dans la mort, est maintenant tout inquiet: « Seigneur, nous ne savons pas où tu t’en vas. Comment pouvons-nous en savoir le chemin? » Thomas a peur d’être séparé de Jésus. Une peur très «religieuse» qui cache mal... son incrédulité! Car Jésus vient de promettre aux disciples qu'il reviendrait les chercher. Mais Thomas a peur de la séparation.

Le Maître est mort...
L'arrestation et la mort si violente de Jésus a effrayé les disciples. Ils sont complètement chahutés. Ils ne s’attendaient pas à être séparés du Maître si brutalement! Et le comble, c'est que le tombeau est vide… Ils ne comprennent plus rien. Leur premier réflexe, c’est la survie: s’enfermer pour se protéger des Juifs, et éviter de subir le même sort que Jésus. Ils n’ont plus aucun projet, c’est la déconfiture. Mais soudain, au cœur de leur angoisse, Jésus vient, se tient au milieu d’eux, et leur dit à deux reprises: « Que la paix soit avec vous! » (3).

...et ressuscité!
Les disciples étaient à plat. Mais la vue du Seigneur les a tout ragaillardis! Jésus les envoie dans le monde avec la puissance de l’Esprit. Quel changement! Jésus aurait pu les traiter de lâches… Non, il a pitié d’eux. Il les encourage et leur donne son autorité. Car il sait qu’ils se trouvent dans une situation difficile, et qu’ils auront besoin du secours de l’Esprit pour apporter la Bonne Nouvelle dans ce monde. Alors, il leur insuffle la vie du Ressuscité!

Incrédule et insécure
Pourquoi Thomas était-il absent lorsque Jésus est apparu aux disciples? Leur solidarité aurait-elle du plomb dans l'aile? Quoi qu'il en soit, Thomas ne peut pas croire aux paroles de ses amis. Les disciples n’étaient plus que onze. Ils avaient dû être terriblement chavirés par la trahison de Judas. L’horrible crucifixion de Jésus et le suicide de Judas étaient dans toutes les mémoires. Bonjour l’ambiance, dans cette chambre où les disciples s’étaient enfermés…
L’absence de Thomas est peut-être le signe d'une profonde crise. Lui qui se proposait d’aller avec Jésus pour mourir tous ensemble auprès de Lazare, le voilà qui se retrouve seul... et vivant! Tandis que son Maître est mort. Et ce qu’il craignait le plus est arrivé: il est séparé de Jésus. Il a perdu toutes ses sécurités.

Chrétien et incrédule?
Thomas avait choisi de suivre Jésus. Comment a-t-il pu être si incrédule? Il a cru que Jésus était un héros politique et spirituel. Il semble l'avoir suivi comme une idole, dans une relation fusionnelle et avec fougue. « Allons mourir avec Lazare! », s’était-il écrié, non sans un certain fanatisme.
Jamais nous ne ressemblerions à Thomas! Et pourtant, dans nos milieux évangéliques, lorsque nous lisons la Bible mot à mot, dans une relation fusionnelle avec le texte, sans chercher à comprendre ce que le Seigneur veut dire... Ou lorsque nous nous emballons à l'écoute de sermons promettant la prospérité et la vie facile... ne risquons-nous pas le fanatisme religieux?
 
L'amour chasse l'idolâtrie
Le fanatisme ne répond pas à l’amour de Dieu, mais au désir charnel de dépasser ses limites humaines et de maîtriser la vie... même s'il faut passer par la mort pour y arriver! Or, Thomas se retrouve dans une situation où il ne maîtrise plus rien. Il éprouve l’angoisse et le désespoir de perdre un Maître en qui il avait placé tous ses espoirs personnels, sociaux, politiques et religieux.
Au contraire de la relation fusionnelle avec une idole, l’amour de Dieu se vit dans la confiance et la liberté. Quel privilège d'avoir une telle relation avec Jésus-Christ! Une relation qui lui a coûté très cher: quittant la condition divine, il a pris le rang de serviteur, se rendant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix… C’est le prix que Dieu a payé pour nous délivrer de la mort. Devant cet Amour, on ne peut pas tricher. Impossible d'idolâtrer le Seigneur.

L'amour chasse la peur
Thomas répond avec incrédulité aux disciples: « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas du tout! » (4).
Chahuté par les circonstances, Thomas refuse de croire ses amis. Il refuse aussi de croire aux paroles que Jésus avait prononcées juste avant sa mort: « Non, je ne vous laisserai pas seuls comme des orphelins, mais je reviendrai vers vous » (5). La fougue de Thomas se transforme en agressivité. Il ne supporte pas que Jésus ne soit plus là, à côté de lui. Au fond, il est habité par la peur de la mort. Il n’a pas encore compris l’amour de Dieu, cet amour parfait qui chasse la crainte (6).

Quand Jésus fait naître la foi...
Huit jours après, Jésus apparaît de nouveau aux disciples, en leur annonçant la paix. Cette fois, Thomas est là! Mais pourquoi Jésus apparaît-il encore aux dix autres apôtres? En fait, Thomas n'était pas seul dans son incrédulité: Jésus se montre aux onze... il leur reproche leur incrédulité et leur aveuglement, parce qu’ils n’ont pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité (7). Aucun disciple n’a cru! Leurs yeux sont trop aveuglés. Il a fallu que Dieu leur ouvre les yeux du cœur.
Un père, qui demandait à Jésus de guérir son fils, l’avait bien compris, lorsqu'il supplia: « Je crois! Viens au secours de mon incrédulité… » (8). Je crois… mais je suis foncièrement incrédule! Croire n’est pas naturel, pour notre humanité pervertie par le péché. En apparaissant deux fois aux disciples, Jésus démontre sa compassion: il a vu leur désespoir. Il veut les encourager et les fortifier, afin qu’ils croient et deviennent de fidèles témoins du Christ ressuscité!

Douceur et fermeté
Jésus n’était pas physiquement présent, mais il a entendu les paroles blessantes de Thomas. Avec Dieu, impossible de tricher. Il entend ce que nous disons. Jésus aurait pu déclamer une longue accusation sur l’incrédulité de Thomas. Mais quels tact et douceur il déploie, pour inviter son disciple à croire! Il prend la peine de le visiter. Au cœur même de ses peurs, il lui annonce la paix!
Pourtant, Jésus lui parle aussi avec fermeté, en utilisant cinq impératifs: « Place ton doigt ici, vois mes mains, place ta main, mets-la dans mon côté, ne sois donc pas incrédule, mais croyant! » (9).
La fermeté est nécessaire, car le doute de Thomas est sérieux: il touche à la personne de Jésus, à sa résurrection, au fondement même de la foi! Jésus n'accuse pas. Il encourage Thomas à entrer dans une relation d’amour, de confiance, de foi, qui implique une intelligence, une illumination de Dieu… bref, une relation qui conduit à une vie nouvelle!

Thomas, un fidèle croyant!
Devant un tel amour, Thomas s’exclame: « Mon Seigneur et mon Dieu! » Lui qui avait été si dur dans ses propos, le voilà saisi par la grâce de Dieu. Il s’incline, dans l’adoration. En accusant, Jésus aurait détruit la relation. Mais en reprenant Thomas avec douceur, Jésus guérit le cœur meurtri de son disciple. D’un homme fougueux et fanatique, Thomas deviendra un disciple enthousiaste! Un disciple qui n'obéira plus à ses désirs charnels, mais à son Seigneur.
Dans nos vies verrouillées par la peur et le doute, laissons le Seigneur entrer! Recevons son amour qui chasse la crainte! Et accueillons avec foi la bénédiction du Fils de Dieu ressuscité: « Que la paix soit avec vous! »

Anne-Catherine Piguet, rédactrice responsable de « Vivre »

  • Encadré 1: Notes :
    1 Jn 11.14-16.
    2 Jn 14.1-6.
    3 Jn 20.19-23.
    4 Jn 20.25.
    5 Jn 14.18.
    6 1Jn 4.18.
    7 Mc 16.14.
    8 Mc 9.24.
    9 Jn 20.27.

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