Noël: le roi dans la mangeoire, par Anne-Catherine Piguet

vendredi 12 décembre 2008
Marie et Joseph regardent tendrement le petit Jésus. L’âne et le bœuf aussi. Le bébé dort, soigneusement emmailloté. Une bougie parfumée, et le tour est joué! Votre crèche promet d’être réussie: elle reflétera la douillette ambiance de Noël... Mais au fond, Jésus était-il si confortable, couché dans une mangeoire et respirant l’odeur des bêtes? Portrait d’un enfant-roi au parcours pour le moins atypique...

Jésus, le Sauveur annoncé depuis si longtemps par les prophètes... Qui aurait cru qu’il soit refoulé d’une simple auberge et doive naître dans une étable? Roi au-dessus de tout, le voilà rangé au rang des animaux.

Pauvres rois d’Israël...
Les israélites auraient dû se douter que leur Roi ne naîtrait pas dans un palais. Car Dieu n’avait jamais choisi de dynastie parmi les nobles! Regardez Saül: quand il reçoit l’onction royale, personne ne le connaît (1). Il est issu de Benjamin, la plus petite des tribus d’Israël... et pas la meilleure! Peu avant, cette tribu avait failli disparaître à cause de ses crimes (2). Et quand le nouveau roi est présenté au peuple, Saül est tellement intimidé qu’il se cache dans les bagages...
Lors de son onction, David aussi était un parfait inconnu. Il habitait Bethléem, un insignifiant village de Judée, à une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem. Et surtout, David était le plus jeune de ses sept frères (3) ! Jésus s’inscrit dans la même ligne: il est issu d’une famille de condition modeste.
 
Gloire et humiliation
Pourtant, avant de naître à Bethléem, Jésus vivait dans la gloire céleste. Il aurait été normal qu’il ne connaisse pas l’humiliation! Il aurait pu, par exemple, apparaître dans un éclair et recevoir la couronne de Dieu le Père, afin de régner sur Israël! Tous l’auraient reconnu d’un coup comme Roi. Il aurait été droit au but! A quoi bon perdre son temps à grandir, apprendre le métier de charpentier, et se fatiguer avec des gens tout simples?
Jésus a connu les extrêmes: le prodige d’être conçu par le Saint-Esprit, et la misère de naître dans une étable. Il a accepté de venir au monde comme tous les bébés, et même d’être langé (4)! A huit jours, Jésus est présenté au Temple. Siméon loue Dieu en voyant ce bébé: oui, c’est bien lui, le Messie tant attendu, la Lumière du monde! Maintenant, le vieil homme peut mourir en paix: il a vu son Sauveur. Prodigieux! Il a perçu, dans la simplicité de ce nouveau-né, toute la gloire d’Israël.

Adoration et rejet
«Où est le roi des Juifs qui vient de naître?» s’enquièrent les mages (5). Ces savants en astronomie n’avaient-ils rien d’autre à faire que d’adorer un enfant? Quelle audace! Ils se mettent en route après avoir vu une simple étoile... Depuis la Mésopotamie en Orient, ils ont effectué un coûteux voyage, peut-être plus de 1000 km. Mais peu importe, la joie les transporte! Devant le petit garçon, les mages tombent à genoux: oui, c’est bien lui, le grand Roi d’Israël! Leur adoration se concrétise par de riches présents, dignes d’un roi.
Tandis que les mages orientaux adorent, un autre représentant du monde païen cultive la haine: le roi Hérode. Il est terriblement troublé. Qui est ce roi qui vient de naître et risquerait, un jour, de le destituer? Habitué à exécuter tous ceux qui le menacent, Hérode veut tuer ce bébé. «Allez là-bas, dit-il aux mages, et renseignez-vous avec précision sur cet enfant. Puis, quand vous l’aurez trouvé, venez me le faire savoir, pour que j’aille, moi aussi, lui rendre hommage» (6). Quelle hypocrisie!

Miracles et persécutions
A trois reprises, un ange du Seigneur apparaît à Joseph (7). Ces miracles sont donnés en privé, et non pour épater la galerie. Car l’heure est grave: l’enfant est menacé. Il faut absolument que Joseph le protège! La première visite de l’ange fait comprendre à Joseph que Marie n’est pas adultère. Aussi étrange que cela paraisse, c’est le Saint-Esprit qui l’a mise enceinte! Joseph renonce donc à rompre ses fiançailles et accepte d’adopter l’enfant. Grâce à cette paternité, Jésus a du sang royal dans les veines: il est descendant de David! Et il bénéficie d’un père humain pour le protéger.
Pour la deuxième foi, l’ange vole (!) au secours de Jésus. Il dit à Joseph: «Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte! Tu y resteras jusqu’à ce que je te dise de revenir, car Hérode fera rechercher l’enfant pour le tuer». Joseph obéit sans broncher. Il protège l’enfant comme si c’était le sien. Il aurait pu dire à Marie: «Fuis avec ce gosse qui nous attire la poisse, et débrouille-toi!» Mais Joseph assume ses responsabilités, par amour pour sa femme. Et parce qu’il veut être un homme bon et droit devant Dieu (8). Un bel exemple!
Après ces deux apparitions miraculeuses, c’est la persécution: Hérode, fou furieux, fait tuer tous les enfants de moins de deux ans habitant la région de Bethléem. Peu après, un ange apparaît de nouveau à Joseph: «Lève-toi, prends l’enfant et sa mère et retourne avec eux dans le pays d’Israël, car ceux qui voulaient tuer l’enfant sont morts». Ouf, Jésus est sauf! Pourtant, Joseph se retire en Galilée. Car en Judée, la sécurité n’est pas suffisante. L’enfant se retrouve à Nazareth, un village isolé... alors qu’il aurait mérité d’être élevé à Jérusalem, la ville royale!

Le Roi qui dérange...
Dans sa louange, Siméon discerne que Jésus va déranger. Le vieillard dit à Marie: «Sache-le: cet enfant est destiné à être, pour beaucoup en Israël, une occasion de chute ou de relèvement. Il sera un signe qui suscitera la contradiction: ainsi seront dévoilées les pensées cachées de bien des gens. Quant à toi, tu auras le cœur comme transpercé par une épée» (9). La bénédiction n’est pas synonyme de facilité: Marie, l’humble et bienheureuse servante du Seigneur, verra son fils mourir jeune, et après d’horribles persécutions...
La venue de Jésus ne laisse personne indifférent. Jean-Baptiste se trémousse dans le ventre de sa mère, en sentant s’approcher Jésus, lui aussi dans le ventre de sa mère! Elisabeth reconnaît en ce bébé à naître... son Sauveur! Marie chante la grandeur du Seigneur et se réjouit en Dieu. Que d’émotions autour d’une grossesse! En voyant le bébé, Siméon et Anne rendent gloire à Dieu. Les bergers et les mages l’adorent. Oui, ceux qui croient sont ébahis de voir venir un si grand Sauveur!
Mais ceux qui refusent de croire sont aveugles et s’enterrent dans leurs péchés, comme Hérode qui met le comble à ses crimes en tuant d’innocents enfants. «La lumière est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçue. Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu» (10). La lumière de Jésus dérange, car elle dévoile le fond de nos cœurs: sommes-nous restés dans nos ténèbres, ou venus à Sa lumière?

... et renverse nos valeurs!
Jésus renverse nos valeurs, comme Marie l’a prophétisé: «Dieu a précipité les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles. Il a comblé de biens ceux qui sont affamés, et il a renvoyé les riches les mains vides. Oui, il a pris en main la cause d’Israël, il a témoigné sa bonté au peuple qui le sert» (11). La naissance de Jésus, si humble, témoigne de ce renversement des valeurs (12). La mort du roi Hérode, si rapide, aussi! Quelles sont mes valeurs que le Seigneur doit encore renverser? Non pas que Dieu prenne plaisir à tout casser! Mais dans ma vie, il détruit ce qui est faux, mensonger et orgueilleux.
Hérode avait obtenu la royauté par des intrigues et des jeux de pouvoir. Au contraire, Jésus la reçoit de Dieu. Car il s’est mis humblement à notre service, par amour: «Ton trône, ô Dieu, subsiste pour toute éternité, le sceptre de ton règne est sceptre d’équité. Tu aimes la justice, tu détestes le mal. Aussi, ô Dieu, ton Dieu a fait de toi un roi, en répandant sur toi une huile d’allégresse, te préférant ainsi à tous tes compagnons» (13).

Inconfort garanti!
Jésus, si riche et si glorieux qu’il était auprès du Père, a accepté l’humiliation, le rejet et la persécution. Il l’a fait pour nous, par amour: il est venu nous délivrer du mal, nous sauver d’une mort certaine. En retour, quoi de plus normal que d’accepter de souffrir un peu pour Lui? «Pensez à celui qui a enduré de la part des hommes pécheurs une telle opposition contre lui, pour que vous ne vous laissiez pas abattre par le découragement» (14).
Le roi dans la mangeoire n’était pas dans un nid douillet. A ses disciples, il ne garantit pas non plus une vie confortable. Mais Jésus-Christ nous assure de son amour, pour toujours! En décorant nos crèches de Noël, pensons-y!
Anne-Catherine Piguet, rédactrice responsable de "Vivre"

  • Encadré 1: Notes
    1 1Sa 9-10.
    2 Jg 20.
    3 1Sa 16.
    4 Lc 2.7.
    5 Mt 2.2.
    6 Mt 2.8.
    7 Mt 1.20,24; 2.13,19.
    8 Mt 1.19.
    9 Lc 2.34-35.
    10 Jn 1.11-12.
    11 Lc 1.52-54.
    12 Cf. 2Co 8.9.
    13 Hé 1.8-9.
    14 Hé 12.3.

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