« Poser un acte prophétique... » par Anne-Catherine Piguet

lundi 10 janvier 2011
Jérusalem va tomber aux mains des Babyloniens. Et voilà que Jérémie achète un champ! Une folie? Non, un acte prophétique, posé délibérément. Pourtant, cet acte questionne la foi du prophète: comment Dieu accomplira-t-il des promesses apparemment si contradictoires? Lecture de Jérémie 32.
La situation est grave: depuis une année, l'armée babylonienne monte le siège devant Jérusalem. Alors que chacun s'inquiète de sauver sa peau, Jérémie achète un champ! Emprisonné dans la cour de garde, le prophète est-il devenu fou?
 
De longues souffrances
Depuis près de 40 ans, Jérémie dénonce les péchés d'Israël. Il supplie le peuple de revenir à Dieu, afin de recevoir le pardon et d'éviter le désastre de la ville sainte. En vain. Israël et ses chefs font la sourde oreille. Les malheurs annoncés sont sur le point de se réaliser...
Jérémie dévoile sans cesse le même scénario: Dieu a décidé de livrer Jérusalem aux Babyloniens. Le peuple et ses chefs seront exilés, y compris le roi Sédécias. Evidemment, un tel message ne peut plaire au roi qui ne trouve rien de mieux que d'emprisonner Jérémie. Mais Sédécias n'a pas compris que faire taire le prophète n'empêchera pas la prophétie de se réaliser!
 
Un message inattendu...
Le Seigneur s'adresse à Jérémie: « Voici Hanameel... va venir vers toi pour te dire: achète mon champ qui est à Anatoth, car tu as le droit de rachat pour l'acquérir » (Jér 32.7). Hanameel arrive peu après, ce qui confirme au prophète que l'Eternel lui a réellement parlé. Ni une ni deux, Jérémie achète le champ!
Une révélation n'annule pas la responsabilité humaine: Jérémie se conforme donc aux lois pour concrétiser son achat. On dirait aujourd'hui qu'il passe devant notaire: il pèse l'argent dans une balance, il écrit l'acte d'achat en deux exemplaires, et il ferme de son sceau l'un des deux actes, devant des témoins. Tout est en ordre! Jérémie est légalement propriétaire d'une terre de Benjamin, dans sa ville natale d'Anatoth, à 5 km au nord-est de Jérusalem.
 
...et incompréhensible!
Jérémie achète une terre... mais emprisonné à Jérusalem, il ne peut la voir! Malgré tout, il obéit sans broncher. Il se conforme ainsi à la Loi: lorsqu'un Israélite devait céder son héritage pour échapper à la pauvreté (1), le proche parent devait racheter son patrimoine. Une façon de préserver les biens de chaque famille et tribu! Mais dans ce temps de disette, comment Jérémie a-t-il financé cette acquisition? Acheter alors que le pays est occupé par les Babyloniens... quoi de plus déraisonnable?
Pourtant, le prophète est conscient d'un enjeu supérieur. Il n'hésite donc pas à exercer son droit de rachat envers son cousin Hanameel. Devant tous les Judéens, il enferme les deux actes d'achat dans une jarre, afin qu'ils se conservent longtemps. Et il proclame: « Ainsi parle l'Eternel des armées, le Dieu d'Israël: on achètera encore des maisons, des champs et des vignes dans ce pays! » (Jér 32.15).
Après ce grand coup médiatique, Jérémie se retire pour prier. Face aux circonstances adverses, sa foi est mise à rude épreuve. Il sait que l'Eternel est le puissant Créateur des cieux et de la terre. Il connaît la puissance du Dieu qui a délivré Israël, avec moult signes et prodiges, de la main du redoutable pharaon égyptien. Mais annoncer la prise de Jérusalem et la déportation de ses habitants, tout en proclamant qu'on achètera encore des champs... n'est-ce pas incompréhensible? Comment Dieu accomplira-t-il des paroles si contradictoires?
 
Réponse en deux temps
Dans sa prière, Jérémie avait affirmé sa foi: « Rien n'est trop extraordinaire pour toi! » (Jér 32.17). Ce que le Seigneur atteste dans sa réponse: « Est-ce qu'il y a quelque chose de trop extraordinaire pour moi? » (Jér 32.27). Pour le prophète, il y a contradiction et incompréhension... mais pas pour l'Eternel! Que Jérémie se rassure, il a reçu 5 sur 5 la parole divine: Jérusalem sera brûlée et ses habitants déportés, à cause de leurs nombreux péchés. Jusque dans ses jugements, le Seigneur tient parole.
Pourtant, Dieu ne s'arrête pas au jugement, car il désire faire grâce. Dans un deuxième temps, il répond à Jérémie avec de fabuleuses promesses: « Voici, je les rassemble de tous les pays dans lesquels je les aurai bannis par ma colère, ma fureur et ma grande irritation; je les ferai revenir vers ce lieu, et je les ferai habiter en sécurité. Ils seront mon peuple, et moi, je serai leur Dieu » (Jér 32. 37-38). Le Seigneur conclura bientôt une alliance nouvelle et éternelle. Y a-t-il quelque chose de trop extraordinaire pour l'Eternel? Rien ne lui est impossible!
 
Une dure réalité
Quelques mois après cette prophétie, Jérusalem tombe, en juillet 587 av. J.-C. La fin du roi Sédécias est terrifiante: on égorge devant lui ses fils et les responsables politiques, puis on lui crève les yeux... Il finira ses jours à Babylone, misérablement.
Jérémie voit le jugement de l'Eternel s'exécuter contre Jérusalem. Loin de se réjouir, il se lamente devant un tel désastre. Le temple brûlé et détruit: les symboles de l'alliance partent en fumée! Les responsables politiques égorgés ou emmenés en exil: la dynastie de David est menacée d'extinction! La Palestine saccagée: la terre promise est perdue! Jérusalem n'est plus la bénédiction, mais la risée des nations...
Israël déporté, c'est la fin tragique d'une belle histoire d'amour entre Dieu et son peuple. Comment l'Eternel pourra-t-il tenir et réaliser ses promesses?
 
Puissant et fidèle!
Peu après la chute de Jérusalem, Jérémie est emmené de force en Egypte, où il mourra. Il n'aura pas l'occasion de cultiver son champ. Et surtout, il ne verra pas s'accomplir les promesses de restauration pour son peuple. Pourtant, le Seigneur n'a pas dit son dernier mot! La Bible ne dit pas si les actes d'achat, bien protégés dans la jarre, ont été retrouvés. Mais elle atteste qu'un reste du peuple est rentré de l'exil, pour habiter à Jérusalem... et à Anatoth (Né 11.32)!
 
Jérémie, un exemple
Par ses appels courageux à écouter le Seigneur, Jérémie a dérangé les politiciens et le peuple. Il a dérangé, par sa foi et son obéissance à suivre l'Eternel malgré les persécutions. Il a dérangé, par sa détermination à annoncer aux Israélites rebelles le jugement de Dieu. Enfin, on l'a pris pour un dérangé, alors qu'il prophétisait le retour de l'exil...
Aujourd'hui, notre société a besoin aussi d'être dérangée dans son incrédulité. Soyons des croyants qui dérangent, non pour se faire remarquer, mais pour appeler nos contemporains à aimer et à écouter le Seigneur! Laissons-nous inspirer par le courage, la foi, l'obéissance et la détermination de Jérémie.
 
Poser des actes prophétiques?
Le Nouveau Testament nous invite à poser deux actes prophétiques: le baptême et la cène. En eux-mêmes, l'eau, le pain et le vin ne disent rien. Tout comme l'achat d'un champ. Mais posés dans leur contexte et proclamés avec foi, ces actes annoncent le règne de Dieu! Car le baptême est un acte d'obéissance et d'amour, manifestant la vie nouvelle en Christ. Et la cène est un acte de foi, dans l'attente du grand festin à la table du Seigneur, lorsque nous serons tous réunis dans son Royaume.
Alors que la maladie, le mal et la mort rôdent sans cesse autour de nous, le baptême et la cène questionnent notre foi. Comment Dieu accomplira-t-il ses promesses d'une vie nouvelle dans son Royaume éternel? Tout comme les prophètes de l'Ancien Testament, nous risquons bien de mourir avant de voir s'accomplir les promesses... mais Dieu n'a pas dit son dernier mot!
 
Anne-Catherine Piguet
Ergothérapeute et théologienne
 
Note
1 Lév 25.25, 34-35; Ruth 3.9-4.12.

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