« L’islam, une forme ancienne de messianisme, à dépasser par une spiritualité responsable devant Dieu » par Christian Bibollet

Société

Faute de comprendre la dynamique idéologique du projet islamique, les sociétés occidentales ont tendance à verser dans le «politiquement correct» par crainte de provoquer la colère des musulmans, estime Christian Bibollet, membre du Réseau évangélique suisse. Cette contribution est parue dans les pages Opinion du journal Le Temps, le 5 décembre 2016.

Par Christian Bibollet | le mercredi, 14 décembre 2016

Dans l’interview qu’il a donnée au Temps en octobre dernier, Olivier Roy a affirmé que le salafisme n’était pas le sas d’entrée du terrorisme. Les personnes qui se livrent à des attaques terroristes au nom de DAECH sont en réalité des voyous et des criminels que la loi doit sanctionner selon les méfaits qu’ils commettent.

Ce point précisé, il admet néanmoins que le salafisme puisse constituer une forme de résistance à l’«ordre républicain» mais que l’islam finira par s’adapter à l’Europe et cessera de représenter une menace pour la démocratie. Implicitement, Olivier Roy semble penser que l’islam est capable d’une évolution susceptible de permettre aux musulmans de vivre leur «foi» de manière apaisée sur ce continent. Mais on peut se demander si cette vision tient vraiment compte de ce qui constitue le nerf même de l’islam.

De gré ou de force

Au cœur de cette idéologie, il y a la vision du jugement divin qui frappera un jour le monde, un thème fondamental et récurant du texte coranique. Dans la perspective de ce jugement, la «meilleure des communautés» – les musulmans – porteur de la «seule religion agréée auprès d’Allah» – l’islam – a pour vocation de réaliser les conditions du salut du monde en appelant tous les peuples à l’islam et en les soumettant à sa loi de gré ou de force.

La noblesse de cette cause est telle qu’elle autorise le recours à tous les moyens pour y parvenir. Même s’ils se livrent à des actes jugés immoraux ou inhumains, ceux qui combattent pour l’islam sont convaincus d’agir sur mandat d’Allah et donc de ne pas être eux-mêmes responsables du mal qu’ils commettent. Leur obéissance à Allah les affranchit des lois humaines et de toute morale en vigueur parmi les peuples non-musulmans.

Seul maître

Récemment, un enseignant de la région parisienne a été frappé par les «amis» d’un élève à qui il rappelait qu’il était son maître et qu’il devait lui obéir. Un de ses agresseurs lui aurait répondu qu’Allah est seul «maître». Même s’il s’agit d’un acte de délinquance, il est révélateur de la vision générale qu’a l’islam du monde.

Un rapport d’information du Sénat français (no 757) signale par ailleurs qu’à la demande de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), la mention du «droit à changer de religion» a été retirée d’un texte signé par l’Etat français avec les représentants de l’islam «non radical».

Position victimaire

Ces deux exemples illustrent assez banalement comment l’islam «non radical» se positionne par rapport aux sociétés non musulmanes. Et du même coup, ils nous permettent de comprendre pourquoi les représentants de l’islam adoptent assez naturellement une position victimaire.

Porteurs du «seul vrai message de salut pour le monde», ils estiment que tous ceux qui n’acceptent pas leur foi leur sont hostiles et sont une insulte à Allah. Par fidélité à Allah, ils doivent donc combattre ces ennemis de l’islam en menant en Occident un djihad qui cherche à se servir des avantages de la démocratie pour instaurer une société où, au final, les musulmans seraient au-dessus des non-musulmans, les hommes au-dessus des femmes et les maîtres au-dessus des esclaves.

Dynamique idéologique

Faute de comprendre la dynamique idéologique du projet islamique, les sociétés occidentales sont souvent confuses face à un phénomène où se mêlent caractéristiques religieuses et politiques et ont tendance à verser dans le «politiquement correct» par crainte de provoquer la colère des musulmans.

Mais la logique de l’islam devient beaucoup plus lisible lorsqu’il est vu pour ce qu’il est, une forme ancienne de messianisme, un peu comme le communisme à une époque récente. La raison d’être des promoteurs de ces idéologies est de convaincre les peuples que la paix et leur bonheur exigent une radicale restructuration du monde qui n’adviendra que s’ils se soumettent à la doctrine qu’ils professent (la tradition islamique en l’occurrence).

Partie remise

Mais une question surgit: les divers messianismes qui ont prétendu faire le salut du monde au cours des vingt derniers siècles ont-ils vraiment tenu leurs promesses? Bien que certains aiment encore chanter «L’Internationale», le rêve communiste est en lambeaux.

Et un regard rapide sur la mission que l’islam tente de réaliser depuis quatorze siècles ne semble pas promise à plus de succès. La perte récente de la ville de Dabiq, que la propagande de DAECH présentait comme le lieu de l’ultime confrontation des armées du califat avec celles des mécréants, annonce un nouveau retard au triomphe final de cette grande idéologie du salut. Qu’importe, ce n’est que partie remise. Les «activistes» musulmans ne renonceront jamais au rêve de sauver le monde.

Messianismes passés ou présents

Où réside donc l’espoir? Dans la redécouverte d’une spiritualité reposant sur de meilleurs fondements que ceux que proposent vainement les messianismes passés ou présents. Dans son discours de 1978 à Harvard, A. Soljenitsyne en a clairement rappelé le prix.

Une société qui ne vit que pour le progrès de ses aises est condamnée à disparaître. Dans la citation suivante, il indique ce qui a été perdu et doit être retrouvé. «Dans les jeunes démocraties… tous les droits de l’homme individuels reposaient sur la croyance que l’homme est une créature de Dieu. C’est-à-dire que la liberté était accordée à l’individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l’héritage du siècle passé. Toutes les limitations de cette sorte s’émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l’héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice. Les Etats devinrent sans cesse plus matérialistes. L’Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l’homme, mais l’homme a vu complètement s’étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société.»

C’est de cette crise spirituelle profonde que nos sociétés doivent sortir afin de savoir reconnaître et repousser les promesses trompeuses que multiplient tant de «programmes» de salut individuel ou collectif.

Christian Bibollet, animateur de l’Institut pour les questions relatives à l’islam et membre du Réseau évangélique suisse

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