Jérusalem : découverte œcuménique au travers d’une nuit de prière au Saint-Sépulcre

Pratique

Passer une nuit au Saint-Sépulcre dans la vieille ville de Jérusalem. Voilà ce qu’a vécu l’été dernier Antje Carrel de l’Eglise évangélique des Uttins à Yverdon-les-Bains, grâce à une bourse de recherche de la Faculté de théologie Regent College à Vancouver (Canada). Elle livre ici le récit d’une expérience qui la plonge dans la diversité des Eglises présentes dans ce lieu rappelant la mort et la résurrection de Jésus. En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, expérience œcuménique.

Par La FREE | le vendredi, 26 janvier 2018

Alors que j’expliquais ma première visite au Saint-Sépulcre au pasteur presbytérien américain Gregory Faulkner, qui est aussi un oblat bénédictin (une personne laïque vivant selon la règle de saint Benoît)  et un admirateur de l’Eglise orthodoxe d’Orient, il m’a invité à regarder au-delà de la foule. Selon lui, il faut à tout prix regarder au-delà des nombreux touristes russes prostrés avec émotion sur la Pierre de l’onction – la pierre où le corps du Christ aurait été lavé et enveloppé après sa mort – avec leurs sacs de shopping. Il faut regarder au-delà de la foule dans la chapelle du Calvaire, qui pousse et se débat afin de pouvoir placer sa main dans le trou pour toucher le rocher du Golgotha où la croix aurait été érigée. Au-delà du mécontentement marqué de certains, alors que des personnes s’attardent plus que leur dû dans certains lieux chargés de mémoire. Au-delà des preneurs de selfies, qui n’arrêtent pas de se prendre en photo dans tous les lieux-phares du Saint-Sépulcre... C’est en entendant mon expérience mitigée que Gregory mentionne l’opportunité de passer une nuit de prière dans ce lieu qui raconte au cœur de la vieille ville de Jérusalem la fin de Notre Seigneur. Il m'indique que, chaque nuit, les Franciscains ont l’autorisation d’accueillir vingt-cinq personnes pour rester dans l’église et y prier. Il en va de même pour les représentants de l’Eglise orthodoxe sur place.

« Le Saint-Sépulcre n’est pas une auberge de jeunesse ! »

Une semaine plus tard, je vais frapper à la porte de la sacristie des Franciscains. Un prêtre portant sa robe de bure et parlant italien ouvre la porte. En jonglant avec des mots français et espagnols, je m’explique. Il comprend que je désire qu’il dise une messe en mon nom. Je hoche la tête frénétiquement de gauche à droite. Après une troisième tentative, il me comprend enfin, ou presque, puisqu’il me fait savoir clairement que le Saint-Sépulcre n’est pas une auberge de jeunesse, et qu’il me faudra prier toute la nuit. Quelques jours plus tard, un samedi soir, je suis de retour dans le Saint-Sépulcre. Il est presque 21h. Les gardiens viennent de faire le tour du bâtiment afin d’avertir les touristes que les portes vont fermer. Un moine franciscain, la trentaine à peine, contrôle nos identités. Les gardiens ferment les portes de la basilique à clé. Et lorsque la vieille clé est complétement tournée dans la serrure, un profond silence remplit l’endroit.

Je me mets à prier en marchant dans le silence de l’église. Sans la foule, la beauté du Saint-Sépulcre est grande ouverte à mes yeux. Les icones qui ne sont plus cachées par les passants, peuvent être lues comme des fenêtres sur Dieu. Au travers de prières et de méditations, je me mets à regarder des bougies brûler. Une peinture du Christ en croix, entouré par une foule de personnes, me fait face. Un peu plus tard, deux femmes orthodoxes éthiopiennes viennent s’agenouiller au même endroit, avec des cœurs plein de reconnaissance pour le sacrifice de notre Seigneur. Je ne vois pas le temps passer. Il est déjà 23h. C'est le temps de la vigile (office) sur la tombe du Christ dans l’Edicule, la chambre funéraire dans laquelle aurait été déposé le corps du Christ.

« Il n’est pas ici, car il est ressuscité ! »

Je me retrouve à genoux. C’est le seul moyen pour que trois d’entre nous puissent se tenir dans un espace aussi petit. L’air est lourd, comme si les flammes des lanternes le consument jalousement dans son entier. La sensation de mes genoux sur la dureté de ce sol de pierre me conduit, presque automatiquement, dans une prière de repentance. Le silence s’installe, presque cérémonieusement, perturbé uniquement par une respiration lente et régulière. Je regarde à ma gauche, un homme, les yeux fermés, en profonde méditation, a décidé de s’asseoir recroquevillé, ce qui doit être de loin la position la plus confortable. Je regarde à ma droite, à genoux, un étudiant de l’Université pontificale de Rome est en train de prier, ses lèvres bougent inconsciemment. Au milieu d'eux, il y a moi, une chrétienne évangélique, avec un arrière-plan néo-calviniste réformé, issue des assemblées de frères larges et en découverte de la spiritualité anglicane. Oui, je suis là, bien sûr, une étudiante en théologie, mais pas de Rome, de Regent College à Vancouver. Alors que je me penche contre la pierre de marbre froide, devenue lisse par le toucher d’innombrables mains, je réponds à l’appel de l’ange du Seigneur : « Venez voir l’endroit où le Seigneur était couché. » Joignant mes mains et inclinant ma tête, je suis remplie d’une profonde joie, alors que je découvre la gloire de ce lieu : « Il n’est pas ici, car il est ressuscité ! »

Cinq communautés chrétiennes au Saint-Sépulcre

Alors que le premier verset du Psaume 115 résonne en moi toute la nuit : « Non pas à nous, Eternel, non pas à nous, mais à ton nom donne gloire, à cause de ta bonté, à cause de ta vérité ! », j’ai l’occasion de voir ce verset se réaliser au travers des différentes célébrations du dimanche des cinq communautés chrétiennes différentes du Saint-Sépulcre, lors de leurs célébrations du dimanche qui se déroulent au petit matin. Les Grecs orthodoxes commencent une liturgie dédiée à la naissance de saint Jean-Baptiste, à minuit et demi. La célébration dure trois heures, avec une magnifique psalmodie des prêtres et des fidèles, alors que les alentours de l'Edicule sont remplis d’une forte odeur d’encens. Les prêtres font des va-et-vient dans l'Edicule. Avec un mouvement du bras presque mécanique, ils font cliqueter les chaines de l’encensoir en rythme, créant une mélodie atypique. La liturgie des Arméniens apostoliques suit avec moins de pompe. Sa psalmodie est néanmoins magnifique, avec de l’encens dispersé autour de la tombe et au-dedans de l’Edicule. La liturgie copte se déroule simultanément à l’arrière de la tombe, où un prêtre commence une psalmodie en face du treillage en fer. Au même moment, l’office des laudes de la communauté catholique romaine commence dans la chapelle de l’Apparition, alors que les Orthodoxes éthiopiens, vêtus de blancs, chantent, en s’appuyant sur leurs bâtons de prière, leur liturgie dans leur chapelle qui se trouve sous le toit du Saint-Sépulcre.

Une unité dans la diversité

Toutes ces personnes confessent que Christ n’est pas là, dans l’endroit où pendant des siècles on a commémoré sa mort et sa résurrection. Non en effet, il n’est pas là, car il est ressuscité ! Malgré le fait que le Saint-Sépulcre soit souvent dépeint par les médias comme la pomme de la discorde des communautés chrétiennes – les vidéos montrant des désaccords entre prêtres n’hésitant pas à en venir aux mains abondent sur YouTube –, ce dimanche matin est une illustration de l’unité de l’Eglise dans sa diversité. Ce rassemblement de gens disparates confesse un et même Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ, qui a, pour notre bien, souffert sous Ponce Pilate, qui a été crucifié, qui est mort et qui a été enseveli. Ressuscité des morts le troisième jour, il est monté aux cieux, et est assis à la droite du Père.

Antje Carrel
Etudiante au Regent College, Vancouver (Canada)

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