Jean-François Negrini : un chirurgien suisse témoigne du Christ au cœur du Niger

Portrait

La famille Negrini vit au Niger, dans un contexte où les chrétiens, très minoritaires, ont vu nombre de leurs églises brûler début 2015. Issus de l’Eglise évangélique de Meyrin (FREE), Jean-François et Anne viennent en aide aux enfants souffrant notamment de fentes labio-palatines. Enteretien avec Jean-François Negrini, chirurgien à l’Hôpital des enfants Cure de Niamey.

Par Silvain Dupertuis | le lundi, 07 novembre 2016

Jean-François et Anne Negrini vivent au Niger depuis 6 ans, après 9 ans passés au Bangladesh. Chirurgien, Jean-François y travaille dans un hôpital chrétien en tant que spécialiste de la chirurgie réparatrice. Leur défi permanent est d’être des témoins du Christ dans une société très majoritairement musulmane. En janvier 2015, les chrétiens, qui vivaient en bonne harmonie avec leurs voisins musulmans, assistent abasourdis à une flambée d’émeutes et de violences, entraînant notamment la destruction de 72 églises et 7 écoles chrétiennes. Mais les chrétiens ne veulent y répondre que par l’amour du Christ…

Après le Bangladesh, qu’est-ce qui vous a amenés au Niger ?

D’une part les besoins de nos enfants. Au Bangladesh, nous vivions un peu en vase clos, Anne assurant l’éducation des enfants à la maison. Le temps était venu où nos filles avaient besoin de se confronter aux autres. D’autre part, après 9 ans de service, j’avais apporté ce que je pouvais, et un programme ne peut évoluer si on reste sur place, même avec l’intention de passer les rênes.
A ce moment, l’ONG Cure, qui venait d’ouvrir un hôpital à Niamey, cherchait un chirurgien francophone, chrétien engagé et correspondant pile à ma spécialité.
Le Niger est officiellement un État laïc, mais on perçoit une tendance à la radicalisation, et les gens sont complètement désillusionnés de la chose publique, en raison du niveau de corruption et de dépenses excentrique des personnes au pouvoir, alors que la majorité des gens survivent avec difficulté.

Comment vivez-vous votre témoignage dans ce contexte socio-politique ?

Par notre présence au Niger en famille et notre engagement avec une organisation très clairement chrétienne, nous sommes de toute manière un peu étiquetés. Comme la majorité de notre personnel est musulman, nous sommes exposés naturellement les uns aux autres de manière quotidienne. Nous avons parfois des échanges relativement ouverts. Ils savent que j’ai des connaissances sur l’islam et ils ne me débitent pas les inepties médiatiques que nous entendons si souvent en Europe. A travers des partages parfois plus privés, j’apprends à mieux comprendre ce que signifie vivre au quotidien comme musulmane et musulman. Je propose parfois de prier avec ceux qui passent par des situations difficiles, en privé, dans mon bureau, et ces prières sont toujours accueillies favorablement.
Ils ont beaucoup de respect pour nous, car ils mesurent ce que signifie la vie au Niger pour une famille suisse, en particulier au vu de la détérioration sécuritaire de ces dernières années. Je crois avoir pu établir de vraies relations de confiance avec plusieurs.
Une grande partie de votre personnel est musulman. Comment cela se vit-il dans le cadre d’un hôpital chrétien ?
En nommant des musulmans à des postes à responsabilité, nous avons démontré notre respect et notre reconnaissance. Mais il a aussi fallu clarifier le cadre de cette collaboration : priorité au professionnalisme et respect de notre identité chrétienne. Les prières musulmanes se font en dehors du cadre de l’hôpital et des heures de travail. Cette règle a suscité pas mal de discussions, mais elle a été comprise comme exprimant un respect réciproque.
Reste que l’appel à la liberté de l’Évangile avec l’idée de choix personnel est un concept difficile à comprendre pour des gens qui vivent sous le contrôle de l’islam et de sa puissance d’intimidation.

Quelle est l’offre spécifique de l’hôpital ?

L’« Hôpital des enfants » offre des soins de qualité aux enfants présentant des infirmités ou des handicaps que l’on peut corriger chirurgicalement, avec un intérêt spécial pour les plus démunis – un domaine souvent négligé du fait des autres priorités sanitaires drainant les ressources pour la santé au Niger.
L’hôpital ne remplace donc pas les services publics, mais vient en complément au service de patients habituellement négligés, et il contribue au développement professionnel de nos collègues africains : infirmières, infirmiers ou chirurgiens.
Nous sommes bien reconnus par le Ministère de la santé comme un centre de référence national et régional pour le traitement des fentes labio-palatines. Le collègue qui m’a introduit à cette spécialité est venu nous visiter au Niger. Nous sommes maintenant bien connus de la population pour les soins que nous apportons aux enfants présentant des séquelles sévères de brûlures, des déformations des jambes liées à des carences ou des pieds bots.

Quel est votre apport personnel ?

Mes expériences et mes contacts avec diverses organisations m’ont rendu de plus en plus sensible à la nécessité de traduire dans notre manière de fonctionner ce que signifie proclamer le Royaume de Dieu. Cette cohérence entre nos actes et nos paroles est essentielle dans tous les domaines : gestion du personnel et des relations, direction/leadership, réflexion sur l’origine des soutiens financiers. Il nous faut nous inspirer très concrètement de l’exemple et des recommandations du Christ, et assumer le fait que cela exige souvent d’être différents des autres ONG. Ce qui nécessite une réflexion constante… et met parfois en question certains partenariats.

Un exemple ?

Au début de notre séjour, nous avons accueilli une équipe du CICR pour un camp chirurgical qui s’est très bien déroulé, dans une excellente atmosphère générale. Cependant, lors du debriefing avec leur coordinateur, qui a souligné le plaisir de travailler dans notre structure et évoqué la perspective d’organiser d’autres camps, notre statut d’ONG confessionnelle a posé un problème. Au final, les réserves du CICR quant à la collaboration avec des ONG confessionnelles nous ont amenés à renoncer à une future collaboration.

Vous pensez rester longtemps au Niger ?

Plus nous avançons avec Dieu, plus nous devenons prudent à l’idée de faire des plans longtemps à l’avance. Sur le plan purement professionnel, je me suis de plus en plus distancié de la pratique chirurgicale habituelle en Suisse, tout en ayant acquis des compétences pointues qui correspondent aux besoins du Niger, où nous sommes bien intégrés. Nos trois derniers enfants, deux filles et un garçon, ont beaucoup de plaisir à l’école avec leurs amis. Quant à Elina, notre aînée, elle commence la Faculté de médecine à Genève, et est accueillie par une famille meyrinoise. Si nous apprécions toujours nos retours en congé, nous n’aspirons plus vraiment à retrouver une vie plus organisée et relativement prévisible. Nous avons intégré ce que signifie être étrangers et voyageurs sur notre terre ! Pour le moment, notre appel est ici et nous saisissons cette opportunité unique de servir notre Seigneur en prenant soin des plus négligés et des plus détériorés de notre monde…

Propos recueillis par Silvain Dupertuis

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