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Le théologien pentecôtiste Amos Yong dessine l’apport de son mouvement au christianisme global

Actualité

Du 19 au 21 juin, 600 personnes ont participé à la conférence « Viens, Saint-Esprit » organisée par la Faculté de théologie de Fribourg. Aux côtés de personnalités connues comme le spécialiste du Nouveau Testament N.T. Wright ou l’archevêque de Canterbury Justin Welby, le théologien pentecôtiste Amos Yong est aussi intervenu. Il fait ici le point sur l’apport du pentecôtisme à la réflexion théologique.

Par Carrel Serge | le jeudi, 22 juin 2017

Est-ce facile d’être un théologien pentecôtiste ?

Durant les 20 ou 30 dernières années, il est devenu plus facile d’être un théologien pentecôtiste. Durant les années 70, des pentecôtistes ont commencé à obtenir des doctorats en histoire. Ils ont écrit l’histoire de leur mouvement, né au début du XXe siècle. Dans les années 80, des pentecôtistes ont commencé à soutenir des thèses de doctorat en sciences bibliques. Les pentecôtistes, comme la plupart des protestants, sont très attachés à l’Ecriture. A la fin des années 80 et au début des années 90, des pentecôtistes ont commencé à obtenir des doctorats en théologie systématique. Personnellement, j’ai obtenu mon doctorat en 1999 et j’ai eu l’occasion de construire une réflexion sur ce que d’autres avaient posé avant moi. Une vingtaine d’années plus tard, il y a de plus en plus de théologiens pentecôtistes dans le monde académique.

Quel est l’apport spécifique du pentecôtisme à la réflexion théologique ?

Franck D. Macchia, un de mes collègues qui a soutenu sa thèse de doctorat à Bâle, considère que le baptême dans le Saint-Esprit est le « joyau par excellence » du pentecôtisme. Cela signifie que les pentecôtistes ont attiré l’attention des chrétiens sur l’œuvre de baptême qu’opère le Saint-Esprit, ce qui est au centre de la vie chrétienne comme de leur compréhension théologique. A mon sens, ce joyau est un cadeau fait au monde académique.

Il y a un aspect particulier de cette doctrine du baptême dans le Saint-Esprit, c’est le fait que le signe ou l’évidence de ce baptême est le parler en langues, d’après un certain nombre de récits du livre des Actes des Apôtres. Même si c’est un point très débattu dans les milieux œcuméniques au sens large, la mise en évidence par les pentecôtistes de cette expérience n’a pas encore déployé tous ses effets sur le plan théologique.

Un autre apport important s’est développé ces dix ou quinze dernières années. Il s’agit d’essais de plus en plus importants de construire l’entier de la théologie en lien avec l’œuvre de l’Esprit. On revisite ainsi toutes les doctrines et les développements théologiques à partir de cette perspective.

Quelle différence faites-vous entre une théologie pentecôtiste et une théologie évangélique ?

Le terme « évangélique » aux Etats-Unis signifie souvent quelque chose de différent de ce qu’il signifie en Europe.

Si on considère « évangélique » comme synonyme de « protestant », comme c’est le cas en allemand, il faut dire que les pentecôtistes ont été surpris de voir, durant les années 1960 et 1970, le renouveau charismatique traverser les Eglises luthériennes, réformées, baptistes et méthodistes. Lorsque les pentecôtistes ont vu tous ces « protestants historiques » parler en langues et pratiquer les dons de l’Esprit, une collaboration plus grande est née entre ces différentes Eglises.

Aux Etats-Unis, des associations théologiques se retrouvent, des dialogues avec chacune de ces Eglises ont aussi vu le jour. Les pentecôtistes intègrent de nombreux aspects de la théologie protestante : l’Ecriture seule, le Christ seul, la foi seule, la grâce seule… L’accent que les pentecôtistes mettent sur le Saint-Esprit vient souligner la manière dont chacun de ces thèmes doit être reçu. L’Ecriture seule devrait être reçue par l’Esprit, le Christ seul reçu par l’Esprit, la foi seule reçue par l’Esprit, la grâce seule reçue par l’Esprit…

Lorsqu’on utilise le terme « évangélique » aux Etats-Unis, on parle de la frange plus conservatrice du protestantisme. Ces dernières décennies, il y a eu un certain alignement des pentecôtistes sur les évangéliques. Certains affirment qu’il y a eu une « évangélicalisation » des pentecôtistes. C’est ainsi que vous pouvez entrer le dimanche matin dans une Assemblée de Dieu et ne pas réaliser que vous êtes dans une Eglise pentecôtiste. Cette communauté a toutes les caractéristiques d’une Eglise évangélique. Il en va de même si vous entrez dans une Eglise évangélique. Vous pouvez avoir l’impression de vous retrouver dans une communauté pentecôtiste. On parle ainsi de « pentecôtisation » ou de « charismatisation » des milieux évangéliques. Il y a une véritable convergence entre ces différents courants protestants.

La différence principale réside dans le fait que les évangéliques ne reconnaissent pas le parler en langue comme le signe initial du baptême dans l’Esprit. Du point de vue des dons de l’Esprit, les Eglises évangéliques se sont ouvertes tant dans leur pratique que du point de vue théologique.

Auriez-vous des conseils à donner à un jeune pentecôtiste qui souhaiterait acquérir une formation théologique ?

C’est un terrain assez glissant, parce qu’il semble qu’ici en Europe il y a un nombre limité d’institutions pentecôtistes à même de dispenser une bonne éducation théologique. Les pentecôtistes ont été moins motivés pour développer des écoles et des facultés uniquement pentecôtistes. Vu qu’il y a des manques à ce niveau-là, le jeune pentecôtiste devra inévitablement acquérir sa formation dans un contexte théologique différent : évangélique, réformé ou catholique.

Il n’est donc pas surprenant que de nombreux pentecôtistes ont acquis leur formation théologique dans d’autres traditions chrétiennes et ont été attirés par les Eglises qui véhiculaient ces traditions. Le défi est vraiment d’arriver à grandir en maturité théologique, sans négliger la vie dans l’Esprit. Les pentecôtistes, s’ils veulent conserver dans leur milieu ceux qui se forment théologiquement, doivent travailler à cela. Si nous ne le faisons pas, nous allons laisser partir ces jeunes dans d’autres traditions et institutions chrétiennes.

Dans le même temps, cela fait aussi partie de la manière mystérieuse dont Dieu agit. Lorsque le mouvement pentecôtiste a émergé au début du XXe siècle, il ne souhaitait pas développer des Eglises spécifiques. A l’origine, il y avait le désir de connaître mieux le Seigneur et de goûter davantage à sa présence. Cela n’a pas été accepté dans les Eglises en place et de nouvelles communautés ont vu le jour. Peut-être que sur le long terme, le désir de Dieu n’est pas qu’il y ait des Eglises pentecôtistes séparées, mais que l’Eglise universelle redécouvre son identité pentecôtiste. Et peut-être qu’une des manières que Dieu utilise pour ce faire, c’est l’arrivée continuelle de personnes élevées dans un contexte pentecôtiste dans des Eglises plus traditionnelles. On assiste ainsi au développement de perspectives œcuméniques…

On pourrait faire une analogie avec les commémorations des 500 ans de la Réforme. Peut-être qu’en 2017, la Réforme est arrivée au terme de ce qu’elle avait à faire. Elle a accompli sa mission. On espère qu’il ne faudra pas 500 ans aux pentecôtistes pour remettre leurs dons à l’Eglise universelle !

Propos recueillis par Serge Carrel

 

  • Encadré 1:

    Amos Yong en bref

    Pasteur des Assemblées de Dieu aux Etats-Unis, Amos Yong enseigne depuis 2014 au Séminaire théologique Fuller. Directeur du centre de recherche missiologique et professeur de théologie et de mission, il a publié de nombreux ouvrages. Il s’intéresse tout particulièrement au Saint-Esprit, à son œuvre dans le monde et dans les autres religions, aux handicapés dans l’Eglise (un article sur ce sujet paraîtra dans le prochain Vivre) et au bouddhisme. Il a été le président de la Société d’études pentecôtistes et coéditeur de leur périodique Pneuma. Il a 51 ans.

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