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Le SEKAP, un sigle pour caractériser les attitudes des chrétiens face aux musulmans

Actualité

Martin Accad, est un théologien évangélique libanais. Il enseigne au Séminaire arabe de théologie baptiste à Beyrouth. Actuellement, il prépare un livre imposant dont le titre provisoire est : Au-delà des conflits : christianisme et islam. De passage en Suisse cet été, il a accepté de dévoiler quelques bonnes feuilles de cet ouvrage à lafree.ch. Et notamment un chapitre concernant la manière dont les chrétiens interagissent avec l’islam et les musulmans. Interview autour d’un sigle SEKAP, qui récapitule différentes attitudes des chrétiens face à l’islam.

Par La FREE | le vendredi, 25 août 2017

Que signifie le sigle SEKAP ?
Quand j'ai commencé à m'intéresser à la manière dont les chrétiens interagissent avec les musulmans, j'ai réalisé qu’on avait tendance à me mettre toujours dans une catégorie, et souvent des catégories extrêmes. Si j’avais une attitude positive à l'endroit de l'islam, certains disaient : « Il est syncrétiste. Il mélange les différentes religions et affirme que toutes les religions conduisent à la Mecque ! » Si je n'affichais pas une attitude positive à l’endroit des musulmans ou de l’islam, certains disaient : « Il a une attitude polémique ! » Ces réactions m'ont donné à réfléchir, et je me suis demandé s’il y avait d'autres options sur cet axe entre l’attitude syncrétiste et l’attitude polémique.
 
Donc on voit bien dans ce sigle ce que sont le S et le P… Que signifient les lettres qui se trouvent au milieu ?
Le E caractérise un dialogue existentiel. En fait, c'est un terme que j'utilise pour parler d'une approche qui correspond à un dialogue de vie. On réfléchit à la manière de vivre ensemble et de développer davantage de tolérance pour apprendre à vivre dans une société où la diversité est possible. De l'autre côté de mon axe, il y a, avant le P pour polémique, le A pour apologétique. Cette approche a des racines dans le texte biblique, dans la première épître de Pierre : « Soyez toujours prêts à présenter votre défense devant quiconque vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3.15). Le mot « défense », c'est justement en grec le mot apologie (apologia). Il y a des personnes qui adoptent cette approche et qui affirment qu'il faut toujours défendre la foi chrétienne, mais ils oublient le verset juste après qui dit : « Faites-le avec douceur et respect ! » Il faut donc entrer en relation avec un esprit positif, avec un esprit qui reflète celui du Christ. Pour moi, l’approche apologétique est importante. Dans l'évangile de Mathieu, Jésus dit à ses disciples : « Mais quand on vous livrera, ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez, ni de ce que vous direz ; ce que vous direz vous sera donné à ce moment même ; car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Matthieu 10.17-20).

Le problème avec l'approche apologétique traditionnelle, c'est que ceux qui la développent ont tendance à être tellement fixés sur la réponse à donner, qu’ils en oublient d'écouter les questions ou les remarques qui leurs sont faites. Derrière des questions, il y a parfois d’autres motivations, certaines fois très émotionnelles, qu’il faut pouvoir entendre. La personne qui pose la question a vraiment besoin d'autre chose que d'une réponse philosophique.

Dans les relations islamo-chrétiennes, il est important de développer une amitié avec la personne musulmane qui est mon voisin, et d’abandonner les réponses toutes faites et le discours qui se veut avant tout philosophique ou théologique.

Il y a une lettre de ce sigle qui n’a pas encore été développée, c’est le K…
Oui, pour approche kérygmatique. Le mot kerygma en grec signifie à la fois l'Evangile, la Bonne Nouvelle, et en même temps la proclamation de cette bonne nouvelle. Pour moi, l’attitude kérygmatique, c'est entrer en relation avec une personne d'une autre foi, en l’occurrence avec le musulman, d'une façon positive, d'une façon qui sait écouter et d'une façon qui ramène la conversation au Christ. On peut très facilement commencer à avoir des discours polémiques ou très défensifs, mais on change rarement notre position. D’ailleurs, l'autre aussi va rarement changer de position, si on est dans ce débat agressif !

Lorsque dans un dialogue, mon interlocuteur développe une approche agressive, j’essaye toujours d'accepter cette attitude et souvent de ne pas répondre immédiatement mais de ramener la question à la personne du Christ. Pour moi, l'engagement avec les musulmans n'est pas une question de débat interreligieux. Le Christ ne nous a pas offert une religion. Le christianisme est une chose, mais le Christ est autre chose. Personnellement, je ne me considère pas comme un représentant du christianisme en tant qu’institution religieuse, mais plutôt comme un disciple du Christ. Quand je suis en conversation avec un musulman, j'aimerais lui apporter le Christ et pas le christianisme. Je ne souhaite pas changer son contexte socioreligieux, mais plutôt l'inspirer avec le caractère du Christ.

Vous vivez à Beyrouth, vous enseignez la théologie chrétienne au Séminaire baptiste de la capitale libanaise, cette approche kérygmatique ne vous permet-t-elle pas de promouvoir un véritable vivre ensemble dans votre contexte ?
Absolument ! C 'est une façon d'apprendre à vivre dans des sociétés multiples et pluralistes. Le Liban est un pays qui a toujours été très pluraliste au niveau religieux. Dans le monde entier, on assiste à l’émergence de sociétés de plus en plus pluralistes. Les événements du 11 septembre ont joué un rôle important dans cette prise de conscience de la plupart des gens à travers le monde. En face de cette personne qui est différente, va-t-on dire : « De toute façon, on croit tous dans le même Dieu, il faut vivre ensemble, donc on dépasse les questions de foi » ? Ou va-t-on dire : « L'autre est différent de moi, j'ai peur de lui. Il est dangereux ! Et on va se lancer dans la polémique et la confrontation qui peut devenir violente » ?

Il est clair que l’approche kérygmatique découle de mon expérience personnelle. J'avais 3 ans quand la guerre civile a commencé au Liban. J'ai vécu cette guerre interreligieuse durant les années les plus formatives de mon existence. Et ce pendant 15 ans !

En fait, j'ai peur des religions. Les religions, c'est dangereux ! Pas seulement l'islam, mais le christianisme aussi… tout comme le judaïsme, l'hindouisme, le bouddhisme ou l'athéisme ! On a donc besoin de développer une approche pour pouvoir vivre ensemble, sans ignorer la dimension de la foi. Nous, les humains, nous sommes des personnes spirituelles. Si nous adoptons une approche séculariste et si nous essayons d'ignorer les religions, elles vont revenir, remonter à la surface et entraîner des conflits. Il faut donc apprendre à parler de notre foi les uns avec les autres dans notre diversité. C'est ce que l’Institut des études du Moyen-Orient dans lequel je travaille au Liban essaye d’apprendre aux jeunes musulmans, druzes et chrétiens : parler ensemble de leur foi, énoncer ce qui leur est cher, et apprendre à s’écouter et à s’exprimer avec respect.

Propos recueillis par Serge Carrel

Le blog de l’Institut des études du Moyen-Orient en anglais.

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