"Discerner la volonté du Christ pour l’évangélisation du monde" par David Valdez

L'Engagement du Cap

David Valdez poursuit sa présentation de L'Engagement du Cap, la déclaration publiée suite au troisième congrès du Mouvement de Lausanne, qui s'est tenu au Cap en 2010. Le pasteur de l'Eglise évangélique libre de la Rochette (FREE) présente ici la quatrième partie de l'appel à l'action.

Par La FREE | le vendredi, 21 mars 2014

Lors du dernier congrès du Mouvement de Lausanne au Cap en 2010, il a été rappelé aux participants la conviction que Jésus-Christ est unique, que l'Evangile biblique est vrai et que l'engagement des chrétiens évangéliques dans l'évangélisation et la mission est important. Pour ce faire, l'unité de l'Eglise, une formation adaptée pour des leaders consacrés et un témoignage stratégique sont des défis à relever ces prochaines années (1).

Le défi de l'unité de l'Eglise
L'unité de l'Eglise est fondamentale afin que toute la famille chrétienne puisse non seulement vivre la volonté de Dieu (« que tous soient un », Jean 17.21), mais qu'elle soit surtout en mesure de discerner comment et dans quels contextes elle est appelée à témoigner du Christ dans le monde. Nous sommes unis dans le Christ crucifié et ressuscité pour le faire connaître. De quelle unité a-t-il été question durant ce troisième congrès de Lausanne au Cap ? Dans son exposé sur la lettre aux Ephésiens, le pasteur anglican Vaughn Roberts a traité de cette question (2). Il a rappelé qu'il y a deux exigences importantes afin que l'unité de l'Eglise puisse se vivre de manière authentique.
Premièrement, l'unité de l'Eglise fait partie du plan de Dieu. Paul dit aux Ephésiens : « Je vous encourage donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à vous comporter d'une manière digne de l'appel que vous avez reçu en toute humilité, avec patience » (4.1). Suite à l'œuvre de Dieu accomplie en Jésus-Christ, les chrétiens sont appelés à se comporter d'une certaine manière. Vaughn Roberts précise que Paul ne dit pas aux Ephésiens qu'ils sont appelés à s'unir, mais qu'ils sont invités à maintenir l'unité de l'Esprit. L'unité chrétienne n'est donc pas quelque chose que nous allons assumer, mais elle est une réalité en raison de l'œuvre salvatrice de Dieu accomplie en Jésus-Christ. Nous sommes un seul corps appelé par le Dieu unique, le Père qui par le Saint-Esprit nous permet de placer notre confiance en Jésus-Christ. Malgré nos différences, nous partageons une seule foi, un seul baptême et une seule espérance. Le pasteur anglican précise que l'unité est tout d'abord spirituelle et non organisationnelle. Pour lui, l'unité de l'Esprit ne se vit pas d'abord au travers d'un effort œcuménique. L'unité est créée par Dieu au travers de l'Evangile qu'il nous révèle en Jésus-Christ. Paul le rappelle en disant : « En lui, vous aussi, après avoir entendu la parole de la vérité, la bonne nouvelle de votre salut en lui, vous êtes venus à la foi » (Ep 1.13).
Vaughn Roberts se permet de conclure en disant que « par la vérité, par l'Evangile et par l'Esprit, nous sommes une seule famille en Christ avec toutes les personnes qui sont nées de nouveau, qui ont bénéficié du miracle du salut ». Comment vivre l'unité dans un tel contexte ? Le pasteur anglican cite en exemple un passage d'un livre (3) de Lindsay Brown, le directeur international du Mouvement de Lausanne, qui parle des tensions entre Hutus et Tutsis au Burundi. Après qu'une dizaine de Hutus ont été assassinés sur le campus universitaire suite à une bagarre, d'autres Hutus ont dû fuir dans les montagnes environnantes. Des chrétiens tutsis les ont suivis transportant avec eux de la nourriture et des vêtements, d'abord pour leurs frères et sœurs en Christ, mais également pour les autres. Certains de ces Tutsis ont été rejetés par leur propre famille, parce qu'ils favorisaient les liens avec les croyants plutôt que les liens tribaux.
Non seulement l'Eglise est appelée à conserver l'unité de l'Esprit, mais elle a pour mission deuxièmement de proclamer la Parole de Dieu. Dieu donne des ministères (Ep 4.12) à son Eglise pour « la construction du corps de Christ jusqu'à ce que nous soyons parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu... » (Ep 4.13).
Vaughn Roberts se permet d'insister sur la proclamation de toute la Parole de Dieu, ce qui manque de plus en plus dans les Eglises. Il plaide cependant pour que cela se fasse dans l'amour. Lorsque la Parole de Dieu est proclamée, les gens des différentes nations qui l'entendent sont attirés vers le Christ. En entendant cette Parole et en menant une vie d'obéissance vis-à-vis de celle-ci, l'Eglise grandit. En encourageant chacun à assumer le ministère que le Christ nous confie, l'Eglise continue de grandir. Cette unité dans l'Evangile et cette unité dans la proclamation de l'Evangile sont les deux ingrédients indispensables pour vivre l'unité selon Dieu et surtout pour, par la suite, discerner ensemble la volonté de Dieu pour l'évangélisation du monde. Cependant pour que l'Eglise soit en mesure de discerner la volonté du Christ pour l'évangélisation du monde, il faut qu'elle soit conduite par des leaders fidèles, qui consacrent honnêtement leur vie au Christ.

Le défi d'une formation de leaders adaptée
Lors du congrès du Cap, les théologiens sud-américains Samuel Escobar et René Padilla ont partagé pendant une soirée de prière consacrée à leur continent que le plus grand défi de l'Eglise actuelle est de former des disciples. Ils se réjouissent de voir l'Eglise connaître une croissance significative sur pratiquement tous les continents, mais le défi est de permettre à ces nouveaux chrétiens de grandir en Christ et de former une génération de leaders en mesure d'aider l'Eglise à croître quantitativement et qualitativement. Le grand défi est de trouver des leaders appelés et envoyés par Dieu, qui parlent avec l'autorité de celui qui les a envoyés. Ils sont appelés à devenir ces « hérauts » en mesure de communiquer de manière fidèle, claire et pertinente tout le message de la Bible. Ils proclameront toute la Parole en se montrant toujours patients dans leur enseignement, sans pour autant oublier de faire œuvre d'évangéliste, c'est-à-dire de rappeler le cœur de l'Evangile à chaque fois que la Bible est enseignée. Ces leaders s'attelleront à une telle tâche en toute occasion, parce que le message de la Bible est inspiré par Dieu (2 Timothée 3.16), pour permettre aux personnes qui l'entendent de bénéficier du pardon de Dieu et du salut, parce que le Christ revient bientôt et surtout aussi parce que, dans les derniers temps, il y aura des gens qui, au sein des Eglises, ne supporteront plus la saine doctrine. Ces leaders devront réfuter, reprendre et encourager les chrétiens dans la foi. Vaughn Roberts souligne que le grand défi est donc de recruter les bonnes personnes, en plaidant auprès de Dieu qu'il envoie des ouvriers dans la grande moisson. Il faut aussi prier pour que le Christ ressuscité continue d'octroyer ses dons à son Eglise, et, en final, discerner, reconnaître et encourager les personnes qui ont reçu ces dons.
Le Mouvement de Lausanne désire encourager et faciliter une formation adaptée pour les évangélistes et les pasteurs-enseignants. Il faut que cette formation ne se limite pas à un programme centré sur des connaissances, des techniques et des dons, mais elle doit se consacrer à former le caractère du leader. Il faut également veiller à mettre en place des formations de disciple à travers un enseignement systématique de la Bible pour permettre à chaque chrétien de grandir dans la foi. Le mot d'ordre pour la formation de leaders se résume par quatre verbes clés : recruter, former, déployer et maintenir. L'histoire de l'Eglise récente nous rappelle que bien des gens ont été recrutés, formés et envoyés dans un ministère, mais que malheureusement, ils se sont parfois éloignés de l'essentiel de leur tâche qui est la proclamation de l'Evangile.
Quel est l'endroit stratégique dans lequel il faut investir dorénavant pour l'annonce de l'Evangile ? Durant ce congrès, une présence plus importante en milieu urbain a été encouragée.

Le défi de l'évangélisation en milieu urbain
Le pasteur presbytérien américain Tim Keller a exhorté les participants au congrès du Cap à porter une attention toute particulière à la proclamation de l'Evangile dans les grandes villes (4). Il a lui-même implanté une Eglise, il y a une vingtaine d'années, dans le quartier de Manhattan à New-York. Cette Eglise a connu une croissance encourageante. Depuis quelques années, il donne des conférences, publie des articles et des livres sur la vision stratégique d'annoncer l'Evangile dans les milieux urbains. Il affirme que les chrétiens sont souvent hostiles aux villes, car ils les considèrent comme des endroits d'incrédulité et de dépravation. Selon lui, les chrétiens nord-américains estiment que la ville n'est pas un endroit où le croyant peut mener une vie de foi saine. Pourtant Tim Keller souligne, lors de sa conférence comme dans son dernier livre sur ce thème (5), que la ville est un endroit de sécurité et de stabilité, un lieu diversifié dans lequel la productivité et la créativité connaissent un développement important. Il y a moins de 300 ans, seulement 3% de la population mondiale habitaient dans les villes, aujourd'hui plus de 80% de la population résident en milieu urbain (6). Sans pour autant relativiser l'importance de l'annonce de l'Evangile dans les campagnes, Tim Keller relève que c'est dans les villes que nous trouvons quatre types importants de personnes : la prochaine génération de jeunes, les populations les moins atteintes qui ont migré, les élites et les plus pauvres parmi les pauvres. Il se permet d'ajouter que même les jeunes qui habitent à la campagne sont largement influencés par la culture urbaine au travers des nombreux réseaux sociaux par lesquels ils communiquent avec des personnes du monde entier.
Quelle attitude les chrétiens pourraient-ils avoir pour témoigner de manière efficace en milieu urbain ? Tim Keller invite l'Eglise à développer une perception plus positive des villes. Pourquoi ? Parce que les gens qui y vivent apprécient ce mode de vie. Si l'Eglise se compose exclusivement de personnes hostiles à ce milieu, l'Evangile ne pourra pas toucher les citadins. Les chrétiens devraient former cette « contre-culture » dans l'environnement dans lequel ils résident. Ils ne doivent pas se contenter de vivre dans la cité, mais ils sont invités à former une communauté avec des valeurs différentes et à œuvrer pour la paix, la sécurité, la justice et la prospérité de leurs voisins en paroles et en actes. Œuvrons pour une évangélisation plus orientée sur les villes qui regorgent de personnes de tout âge et de toute culture.
***
Si l'Eglise désire mettre en pratique la volonté de Dieu pour l'évangélisation du monde, elle doit vivre l'unité établie par Dieu lui-même. Elle doit placer ses efforts dans une formation solide et pertinente des leaders, et ne pas négliger de s'investir davantage dans un témoignage efficace et adapté en milieu urbain.
David Valdez

Notes
(1) Coll., L'Engagement du Cap. Une confession de foi et un appel à l'action, Marpent, BLF Europe, 2011, 112 p. Notamment les pages 69 à 76.
(2) Voir l'enseignement de Vaughn Roberts (anglais).
(3) Lindsay Brown, Une nuée de témoins. La puissance de l'Evangile dans les universités du monde entier, Paris, PBU, 2013, p. 158s.
(4) Voir l'intervention de Tim Keller en vidéo sur le site du Mouvement de Lausanne (anglais).
(5) Tim Keller, Center Church, Doing Balanced, Gospel-Centered Ministry in Your City, Zondervan, 2012, 400 p.
(6) Ibidem, p. 157.

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