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Shane Claiborne : la vie au quotidien d’un radical ordinaire

Just People? « Just People ? 100% disciple », c’est le titre des prochaines rencontres Eglises en mission. A cette occasion, nous vous proposons la trajectoire de vie de Shane Claiborne, un évangélique étasunien devenu la figure emblématique du « simple radical », d’un chrétien qui souhaite mener une « vie juste ».

Par La FREE | le vendredi, 20 juillet 2012

Loin d’être aussi uniforme qu’on le présente ici en Europe francophone, le monde évangélique américain renferme des surprises de taille. A des années lumières de George W. Bush et du téléévangéliste Pat Robertson, vous avez Shane Claiborne. Sur toutes les photos de lui, il affiche des dreadlocks et, la plupart du temps, une sorte de petit foulard qui lui couvre la tête.
Agé aujourd’hui de 37 ans, notre homme a publié Vivre comme un simple radical en 2006, un ouvrage disponible en français (traduction 2009). Shane Claiborne y retrace sa recherche d’une vie de disciple juste et sa quête d’une foi chrétienne incarnée dans le quotidien de la vie.
Natif du Tennessee, l’un des Etats du sud des Etats-Unis profondément imprégné de foi évangélique, Shane entreprend des études de sociologie et une formation au service de la jeunesse à l’Eastern University en Pennsylvanie. Il y est l’élève du sociologue et théologien renommé Toni Campolo.
 
La découverte des plus pauvres à Philadelphie
Au cours de ses études dans cette université chrétienne, il est sensibilisé au sort d’une quarantaine de familles SDF. Elles sont sur le point d’être expulsées de la cathédrale abandonnée Saint Edward, dans une friche industrielle du nord de Philadelphie. Avec des collègues étudiants, il participe à la défense du droit au logement de ces familles. Dans le cadre de cette cathédrale délabrée, il fait une expérience comparable à celle que François d’Assise a vécue au XIIIe siècle. Il a la conviction que Dieu l’appelle à « réparer son Eglise qui est en ruine ». « Et maintenant, confie-t-il, des centaines d’années plus tard, un groupe de jeunes rêveurs quittaient un christianisme qui les étouffait pour trouver Dieu dans les lieux abandonnés, dans les déserts à l’intérieur des villes. »
 
La rencontre de mère Teresa
Avant d’entamer sa dernière année d’études, il part 10 semaines en Inde pour travailler parmi les missionnaires de la charité à Calcutta, aux côtés de mère Teresa. Il cherche par là à nourrir sa réflexion autour d’un engagement chrétien radical aux côtés des plus pauvres. Il prend soin des enfants de la rue, soigne les lépreux, travaille dans une maison pour les rejetés et les mourants… Au point qu’il pourra dire : « Lorsque je regardais dans les yeux des mourants, j’avais l’impression de rencontrer Dieu. » Shane Claiborne rencontre aussi mère Teresa… et une parole qu’elle disait toujours restera gravée dans son cœur : « Calcutta est partout, si simplement nos yeux acceptent de voir. Trouve ton Calcutta. »
De retour aux Etats-Unis, il effectue une année de stage à Willow Creek, une méga church de la banlieue de Chicago. Le contraste est saisissant. D’un côté la pauvreté crasse des bidonvilles indiens et de l’autre l’opulence d’une des plus grandes Eglises de banlieue des Etats-Unis. De cette expérience, Shane Claiborne ressort convaincu du fait que « le Sermon sur la montagne est aussi pertinent aujourd’hui qu’il y a deux mille ans ».
 
Le lancement d’une communauté de vie
Shane Claiborne retourne alors dans la région de Philadelphie et participe en janvier 1997 au lancement d’une communauté de vie, « The Simple Way » (« Le Chemin ordinaire »), dans une maison abandonnée non loin de la cathédrale Saint Edward. « Nous voulions simplement, explique-t-il, être amoureux de Dieu et des gens avec passion, et prendre au sérieux le mode de vie qu’enseigne l’Evangile. » Pratiquement, ce sont 6 jeunes qui s’engagent aux côtés des plus pauvres, s’occupent des enfants de leur quartier, partagent de la nourriture avec les nécessiteux et ouvrent un magasin communautaire.
En 2003, c’est la guerre en Irak. Shane Claiborne est surpris par la poussée nationaliste qui traverse le christianisme évangélique américain et par la valorisation de la violence rédemptrice. Il part pour Bagdad en tant qu’« extrémiste de l’amour » et découvre la situation des populations locales sous les bombes américaines. « Je suis allé en Irak en tant que missionnaire, relève-t-il. Dans une époque où la guerre est omniprésente, j’espère vivement que les artisans de paix chrétiens deviendront le nouveau visage de la mission autour du monde. »
 
Une personnalité du « nouveau monachisme »
Depuis une dizaine d’années, Shane Claiborne est l’un des représentants les plus médiatisés d’un mouvement qui, en milieu évangélique américain, est appelé le « nouveau monachisme ». Ce mouvement rassemble des lieux de vie communautaire qui tentent au travers de leur vivre ensemble d’incarner l’Evangile dans un environnement donné. Shane Claiborne voit dans cette tentative l’occasion pour les chrétiens évangéliques de sortir d’un conformisme qui rend l’Evangile ennuyeux aux plus jeunes. « Bienvenue dans la révolution des petites gens, lâche-t-il à la fin de Vivre comme un simple radical, dans la guérilla des artisans de paix, et des prophètes qui dansent la révolution qui aime et qui rit… Laissez-nous être chrétiens à nouveau. Jésus, donne-nous ce courage ! »
Serge Carrel

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