« ‘No Billag’, voter oui? » par Marc Früh

Le débat sur la votation « No Billag » passionne en milieu évangélique. Voici l’avis de Marc Früh, un partisan de l’initiative. Ainsi les différents camps en lien avec cette votation auront eu l’occasion de s’exprimer sur lafree.ch.

Par Marc Früh | le mercredi, 24 janvier 2018

Sur les plages d'écoute maximum, les moments qui coûtent le plus cher à l'antenne, artistes, sportifs, musiciens, politiciens se succèdent. Tous ont le même discours : « Une catastrophe monumentale se prépare, le risque d'un oui à l'initiative ‘No Billag’! Fini la musique, plus de sport, fini la culture, plus d'art, plus de couleur, même le blanc n'est plus : le trou noir ! » Le directeur de la SSR l'a dit au TJ de 19h30. Les médias régionaux ont le même discours.

Ose-t-on émettre un doute ? Le message est-il tronqué, unilatéral ? Est-il exagéré de prétendre que le débat égalitaire n'a pas lieu ? Le camp du oui, on ne le perçoit guère à l'antenne. Ses propositions sont-elles trop révolutionnaires et ses arguments pourraient-ils influencer le vote ?

Est-il normal que ceux qui sont opposés à « No Billag » puissent bénéficier de temps d'antenne gratuitement, alors que ceux qui préconisent le oui financent leur campagne avec leur argent. Ce qui leur reste après avoir payé la redevance ! Est-ce équitable ?

Sérieusement

L'Initiative « No Billag » soulève de nombreuses questions, sans apporter de réponses concrètes. Elle est extrémiste, car elle représente les frustrations de parlementaires et d'un groupe de réflexion à qui la SSR n'a pas tendu l'oreille. Deux idéologies sur le service public s'affrontent, au lieu de trouver une concordance par le dialogue. Le peuple doit choisir entre deux positions excessives : l'une veut un monopole médiatique « service public », les autres s'en méfient et n'en veulent pas. Les considérations suivantes m'incitent à voter oui:

  • La redevance de 1,3 milliards de CHF est une somme énorme, juste pour de l'information ! Cela exige de la part des bénéficiaires de cette manne fédérale d'être à l'écoute, prêts au dialogue et à accepter une remise question. La représentation de la pluralité de la population doit être garantie. Or, dans les faits, ce n'est pas le cas !
  • Les initiants jugent que le monstre incontournable de l'information publique radiophonique et télévisuelle s'offre le luxe d'être unilatéral et politiquement orienté. Pire, des dossiers démontrent une idéologisation de l'information depuis des années.
  • La SSR argumente face aux minorités en disant : « Nous devons représenter l'avis de la majorité des citoyens. » Dans le dossier de la légalisation du cannabis, la volonté exprimée par 63,4 % de la population est le refus. En Suisse romande, nous avons eu droit ces dernières années à six émissions sur le sujet, toutes favorables à la légalisation. Dans aucune des émissions n'a été invitée une personne partageant un avis divergeant, représentant la majorité des citoyens. Ce n'est qu'un exemple concret, où le média national cherche à imposer son point de vue sur un sujet d'actualité. Je relève : avec l'argent versé par une majorité qui est consciente que le message diffusé est incorrect !
  • Les initiants avaient exigé une part plus importante de la redevance, pour les médias régionaux. Avec plus de moyens, ceux-ci seraient capables de réaliser des émissions régionales qui seraient rediffusées par la SSR. Cela permettrait d'éviter des doublons : le déplacement de deux équipes de journalistes sur un même lieu pour réaliser deux interviews identiques. Cette collaboration faisant appel aux différentes synergies n'a trouvé aucune adhésion.
  • La SSR veut le monopole. Pour preuve : pas de plan B ! « On veut tout ! Nous sommes incontournables, trop grands pour tomber. Le peuple suisse a besoin de nous, tous les politiciens, tous les partis sont à nos pieds, ils le répètent à qui veut l'entendre. » Pour de nombreux initiateurs de « No Billag », ce discours éloigne de la démocratie et approche l'imposition d'une vision unique, dictatoriale.
  • L'argument qui dit : « La majorité des citoyens payant volontairement la redevance prouve que les émissions sont de qualité et appréciées », est fallacieux. Refusez de payer, et vous intégrez le groupe des renégats : 60'000 procédures juridiques annuellement. Est-ce un détail dans une démocratie ? Nous devons tendre vers une solution qui respecte le droit de chaque citoyen d'accepter ou de refuser de consommer un média. Cela touche au droit et à la liberté fondamentale de l'individu.
  • Une part ridicule de la redevance, 34/1000, est versée aux 37 stations privées. Avec un budget de 1/1000 de la SSR, ces médias réalisent des émissions d'excellente qualité. Elles méritent de se développer et de prendre une part bien plus importante du monde médiatique suisse. Le pluralisme a de nombreux avantages. Il est la meilleure prévention face aux risques de dérives, d'une instrumentalisation unilatérale de l'information. La multiplicité des médias favorise la diversité des regards et des analyses journalistiques des évènements.

En votant oui, je stoppe l'immense et trop onéreuse machine monolithique SSR. Je mets un terme à l'encaissement de la redevance qui l'entretient. Un oui dans l'urne ne signifie aucunement que l'information doit être gratuite et mélangée à de la publicité !

Si le oui l'emporte, une grande réorganisation du marché médiatique aura lieu. J'ai confiance en la créativité, en l'engagement et en la capacité de nombreux journalistes pour réaliser des médias privés qui diffuseront des informations d'une grande qualité. Ce renouveau permettra aux meilleures équipes rédactionnelles d'attirer un public prêt à verser une contribution équitable pour bénéficier de leurs informations.

Marc Früh, auteur, pédagogue indépendant, politicien, Lamboing (membre de l’Eglise évangélique de la Neuveville, FREE)

1 réaction

  • Kerkhoven vendredi, 09 février 2018 09:47

    Je ne suis ni pour ni contre une redevance, mais billag non, pourquoi ne pas intégrer la redevance aux abonnements de Natel. Car , je vous laisserai verifier, je ne suis pas d'accord de payer pour que le directeur gagne 40'000 Sfr par mois, ni pour payer les abonnements de Natel (1 neuf tous les 2 ans) et de la maison des employers.