« Le libéralisme théologique : de quoi parle-t-on au juste ? » par Paul Dubuis

Profondément attristé par le débat qu’a suscité le mensuel Réformés de février, le pasteur Paul Dubuis revient sur les orientations théologiques dont témoigne ce dossier : le « libéralisme » ou le « post-libéralisme » théologique.

Par Paul Dubuis | le mardi, 06 mars 2018

Dès la fin du XVIIIe siècle jusqu’à ce jour, le libéralisme (ou le post-libéralisme comme on peut le caractériser dans sa version contemporaine) inspire largement l’enseignement théologique universitaire et d’importantes couches du protestantisme contemporain. « Afin d’éviter que leur théologie ne perde tout crédit, les théologiens « libéraux » ont tenté de reformuler, d’interpréter, voire de transformer le message de l’Evangile afin de le rendre plus acceptable dans le monde académique et dans l’opinion publique (Gilles Bourquin, « La liberté a plusieurs visages », in Evangile et Liberté no 308). Cette définition a le mérite de la clarté. Reste à découvrir comment la théologie adaptative ou évolutive parvient, concrètement, à transformer un texte de l’Ecriture inspirée.

Le quotidien 24 heures du 1er février 2018 fournit un exemple éclairant quand il ouvre ses colonnes à Gilles Bourquin, corédacteur en chef de Réformés. Par ailleurs docteur en théologie, il s’exprime au sujet de la nécessaire acceptation des « orientations sexuelles » LGBTI dans l’Eglise. A cet effet, il réquisitionne le simple verset de Galates 3.28 : « Il n’y a plus ni Juifs, ni Grecs… » On sait que l’apôtre Paul condense ici ce que sa lettre entière corrobore : la parfaite égalité de tous les êtres humains placés devant l’offre du salut en Jésus-Christ, en affirmant même : « Il n’y a plus ni hommes ni femmes. »

Isoler une parole, c’est l’affaiblir… infailliblement !

Cette parole de l’apôtre Paul étant privée de son environnement direct, déracinée, se retrouve mise à nu, dépouillée de son contexte original. Bien sûr qu’elle n’est pas reniée ! On a encore besoin de son appui pour qu’elle serve la cause que l’on défend. Quitte à lui faire violence en la réduisant au silence dans un laconique commentaire. Qui en tord l’unique sens possible. Qui y instille l’éternel doute fondamental : « Dieu, a-t-il réellement dit » (Genèse 3.1). Valable pour l’époque, dès lors ce dire n’est plus normatif pour la réalité contemporaine : « Le texte peut suggérer que Dieu fait abstraction des orientations sexuelles. »

Cette libre réappropriation de l’Ecriture, pour le moins… surprenante sinon audacieuse, ne conduit-elle pas à conclure que Dieu, lui-même, ne dit plus rien de définitif ? Il se contente de suggérer… Quitte à se contredire !

Et nous évangéliques ?

Dans son deuxième message adressé aux Corinthiens (11.1-4), Paul traite des dérapages non contrôlés de certains des membres de l’Eglise du lieu. A découvrir leur conduite, aucun doute n’est possible : ils avancent en roue « libre » ! Le proverbial slogan mondain de l’époque, « Vivre à la corinthienne », s’applique bien à leur comportement… Or un danger, aux conséquences bien plus inquiétantes encore, les guette. Avec toute l’autorité dont il a été revêtu par le Seigneur lui-même et porté par l’amour ardent qu’il porte envers et contre tout à ces nouveaux disciples du Christ, l’apôtre les avertit solennellement : ils ouvrent la porte à « un autre évangile » que celui qu’ils ont reçu (11.4) !

Sous notre propre porte, un jour, saurons-nous, nous aussi, discerner qu’un courant d’air, provenant du dehors de l’Eglise, est en train de la refroidir ? Le libéralisme théologique affadit progressivement l’autorité de la Parole de Dieu. Dans certains domaines, réussirait-il déjà à nous en faire négliger et taire les bonnes et justes exigences, par peur du légalisme ou pour d’autres raisons moins claires ? Il serait opportun de revenir sur ces interrogations d’importance vitale.

Paul Dubuis
Pasteur FREE

3 réactions

  • Bonjour Christian vendredi, 09 mars 2018 19:28

    Interpréter la parole de Dieu et isoler des textes pour leur faire dire ce que l'on veut entendre ne peut qu'engendrer une lecture pervertie des textes bibliques et enlever toute pertinence au message clair de la Bible, à tous le moins concernant le sujet concerné. Je suis heureux que nombre de chrétiens réformés de tendance évangélique aient réagit vigoureusement, ce que je n'ai pas manqué de faire sans toutefois nourrir beaucoup d'illusion sur l'impact de ces réactions. Merci Paul pour cette prise de position claire.

  • GUY mercredi, 14 mars 2018 15:59

    Mon cher Paul,
    merci pour ta prise de position qui rejoint largement ce que je crois. Je pense que mon Eglise se fourvoie largement depuis quelques années et j'en suis triste. Parce qu'il y a une marge entre l'accueil que le Christ fait à tous, y compris aux personnes LGBTI et à une reconnaissance pleine et entière qui mettrait tout sur le même pied. "Ne vous conformez pas au siècle présent" dit l'apôtre Paul (Rom,12/2) or c'est exactement ce que fait bon nombre de nos Eglises. Et je crois savoir aussi que ce courant traverse aussi certaines communauté évangélique comme nos frères mennonites par exemple. Le tord aussi que nous avons eu souvent a été de rejeter au lieu d'accueillir. Et je crois qu'on peut accueillir sans rejeter ni donner raison à tout.
    Je sais aussi que dans mon EERV, bons nombres de paroissiens ont été aussi blessé et meurtrie de cette image et cet article.
    C'est une raison de plus pour prier pour nos Eglises

  • Alain Rioux vendredi, 16 mars 2018 10:32

    Le libéralisme théologique, en ce qu'il rejette la confession de la foi apostolique, canoniquement exprimée dans le Symbole, originel, de Nicée-Constantinople, conformément aux Écritures, n'est qu'un banal avatar du gnosticisme, réfuté, naguère, par un saint Irénée. Il ne mérite même pas un regard de pitié...