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Etats-Unis : se définir comme «évangélique» fait problème à beaucoup

Actualité

Les 8 et 9 décembre prochains, le professeur Henri Blocher viendra animer une session du FREE COLLEGE sur l’identité des évangéliques. Actuellement, cette manière de libeller son identité chrétienne fait problème à nombre d’évangéliques en Amérique du Nord. Lafree.ch vous propose de faire le point sur ce débat. L’occasion aussi d’alimenter la réflexion peu avant la venue d’Henri Blocher en Suisse romande.

Par Serge Carrel | le mercredi, 22 novembre 2017

Ces derniers mois, plusieurs personnalités américaines d’envergure ont fait part de leurs réserves par rapport au fait de se définir comme « évangéliques ». Mark Galli, rédacteur en chef du magazine Christianity Today, constate qu’il n’y a pas une semaine sans qu’« une personnalité éminente n’affirme que l’‘évangélisme est en crise’ ou qu’il ne souhaite plus être identifié par le terme ‘évangélique’ » (1). Même Lecrae, la star du hip hop chrétien, fan du pasteur John Piper, affirme dans une interview qu’« il divorce de l’évangélisme blanc » (2).

Une conséquence de l’élection de Donald Trump

Les raisons de ce désamour pour cette manière de se définir comme chrétien sont multiples. Il y a tout d’abord les liens qu’entretiennent certains évangéliques avec Donald Trump. Son élection à l’automne 2016 et le fait que, selon les sondages au sortir des urnes, 4 personnes blanches sur 5 se disant évangéliques ont voté pour le candidat républicain, nuit à la réputation du terme « évangélique ».

Il y a aussi le fait que des personnalités médiatiques évangéliques connues soutiennent de très près le président élu. Parmi celles-ci : des télé-évangélistes prêchant l’Evangile de la prospérité, comme Paula White ou Kenneth et Gloria Coppeland, mais pas seulement. Des personnalités évangéliques plus classiques comme James Dobson, le fondateur du mouvement de soutien à la famille Focus on the Family, ou Franklin Graham, l’évangéliste qui a repris le ministère de son père Billy et qui préside l’œuvre d’entraide Samaritan’s Purse, se sont déclarés publiquement en faveur du président.

Un label récent

Face à cette mise en question de l’appellation « évangélique », les réactions sont diverses. Le théologien John Stackhouse, ancien professeur au Regent College de Vancouver (Canada) et bloggeur hyper actif, ne fait pas un drame de ce désamour pour l’appellation « évangélique ». En réponse à la question : « Le terme ‘évangélique’ est-il dépassé ? » (3), il constate que cette appellation est récente en Amérique du Nord. Historiquement, l’évangélisme s’enracine dans les mouvements de renouveau qui ont marqué l’Europe, que ce soit le puritanisme britannique ou le piétisme allemand. Le mouvement évangélique remonte également aux différents réveils qui ont marqué le protestantisme, que ce soit celui de John Wesley au XVIIIe siècle ou celui de Genève au début du XIXe.

Ce n’est qu’avec l’émergence forte du libéralisme théologique, au début du XXe siècle, que le besoin s’est fait sentir, pour une partie importante du protestantisme américain, de se rassembler autour d’une identité. Dans la première partie du XXe siècle, certains adeptes d’une orthodoxie protestante se sont rassemblés autour des « fundamentals », ces affirmations fondamentales concernant la foi chrétienne, ce qui leur a valu d’être appelés « fondamentalistes ». A partir des années 50, et sous l’impulsion de l’évangéliste Billy Graham, l’appellation « évangélique » a été utilisée pour caractériser un protestantisme revivaliste, attaché aux doctrines classiques du christianisme.

Une marque qui peut être changée

John Stackhouse termine son article en relevant que les sociologues sont attachés à cette appellation, mais que la « marque » (brand) peut changer : « Aucun évangélique ne doit s’identifier au terme ‘évangélique’. Et parce que les évangéliques sont pragmatiques, si la marque ‘évangélique’ perd en efficacité, elle peut et va être changée. » Pour preuve selon lui, plusieurs institutions nord-américaines ont intégré « chrétien » dans leur appellation, plutôt qu’« évangélique ». Même, si de fait, elles restent évangéliques et n’intègrent pas de représentants du protestantisme libéral ou du catholicisme.

Un terme à racheter

D’autres leaders d’opinion ne se déferont pas si facilement de l’appellation « évangélique ». Le mennonite et spécialiste des questions sociales, Ron Sider, a déjà souligné peu après l’élection de Donald Trump la pertinence de garder cette manière de caractériser son appartenance chrétienne (4). « Ce que signifie le fait d’être un évangélique au travers de l’histoire de l’Eglise est encore pertinent, constatait-il. (…) Nous pourrions nous appeler chrétiens bibliques ou orthodoxes avec un petit o. Mais le terme ‘évangélique’ est solidement biblique. C’est simplement l’adjectif dérivé du mot grec evangelion, qui signifie Evangile. Les évangéliques sont dévoués à mettre en œuvre le plein Evangile biblique. » Le théologien mennonite lance alors qu’il ne s’agit pas de laisser tordre la signification d’un « grand nom ». « Les voix dures et étroites d’esprit de la Droite religieuse ont utilisé ce label, alors qu’elle négligeait la justice pour les pauvres et les gens de couleur. Des démagogues racistes, homophobes et hostiles aux immigrants, se sont appelés évangéliques, en dépit de leur échec à respecter et à aimer leurs prochains. Ce terme a aussi été utilisé par ceux qui rejettent le discours scientifique du réchauffement climatique et l’importance de la sauvegarde de la Création. Les médias populaires ont appris de ces exemples que le terme ‘évangélique’ signifiait souvent injuste et non biblique. C’est un problème, mais c’en est un que l’on peut dépasser. » Le label « évangélique » peut donc être « racheté », moyennant l’exercice d’un ministère holistique qui combine évangélisation et lutte pour la justice sociale.

Malgré tout des caractéristiques propres

Dans un article sur les « Caractéristiques des évangéliques au XXIe siècle » (1), Mark Galli, rédacteur en chef de Christianity Today invite à mettre en perspective ce débat. Il relève que le mouvement évangélique n’est pas un conservatisme politique mâtiné de religieux, comme le laissent entendre certains médias. Même si nombre d’évangéliques blancs ont voté pour Donald Trump et si les divisions s’accroissent en leur sein sur les questions de réconciliation raciale et d’éthique sexuelle, il s’agit avant tout « d’un mouvement de réforme, qui parmi les nombreuses choses à réformer doit se réformer constamment lui-même ».

Composé de nombreuses sous-cultures – blanche, noire, hispanique, asiatique, européenne… –, le mouvement évangélique doit développer le débat entre ses différentes sensibilités, tout en travaillant à la construction de ponts entre les tenants de points de vue opposés.

Par rapport aux autres courants du christianisme, le mouvement évangélique conserve des caractéristiques propres qui demeurent irréductibles. Parmi celles-ci, les quatre mises en lumière par l’historien britannique David Bebbington : l’appel à la conversion, la primauté de la Bible, la centralité de la croix de Jésus et l’activisme. « Nous pouvons abandonner ou changer notre nom, mais nous ne changerons pas la réalité de la foi vécue dans ce courant du christianisme. Et parce que nous n’avons pas de meilleur nom à disposition, nous continuerons à appeler la manifestation de ce courant : ‘évangélique’. »

Serge Carrel

Notes
1 Mark Galli, « Evangelical Distinctives in the 21st Century », Christianity Today, 9.11.2017.
2 CT Editors, « The Significance of Lecrae Leaving White Evangelicalism », Christianity Today, 12.10.2017.
3 John Stackhouse, « Is the Term ‘Evangelical’ Over ? », Context with Lorna Dueck, 18.11.2017.
4 Ron Sider, « History Shows Us Why Being Evangelical Matters », Christianity Today, 21.11.2016.
  • Encadré 1:
    Henri Blocher animera la prochaine session du FREE COLLEGE
    Le FREE COLLEGE, la formation d’adultes de la FREE, recevra les 8 et 9 décembre prochains à L’Auberson le théologien français Henri Blocher pour mieux comprendre l’identité des évangéliques par rapport aux différents courants théologiques qui marquent le christianisme contemporain.
    Au bénéfice d’une double expérience, tant comme professeur à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine en France qu’au Wheaton College aux Etats-Unis, Henri Blocher apportera son éclairage sur des questions vitales pour les évangéliques d’aujourd’hui et de demain.

1 réaction

  • Robin Reeve lundi, 27 novembre 2017 12:10

    Il est en effet de plus en plus difficile de se dire "évangélique", sans avoir besoin d'expliquer qu'on n'est pas un fondamentaliste belliciste et xénophobe .
    Il me semble que cette désignation a été "kidnappée" par l'extrême-droite américaine et que le chemin de libération de cet "otage" sera ardu et long.
    D'un autre côté, c'est une appellation "nécessaire", car c'est par elle que nous nous définissons.
    Que ce soit la Fédération Evangélique Vaudoise, le Réseau Evangélique ou, au niveau mondial, l'Alliance évangélique et le Mouvement de Lausanne, les évangéliques se distinguent des fondamentalistes (et les anathèmes lancés par ceux-ci contre, par exemple, Billy Graham, montrent bien qu'ils ne s'identifient pas à l'évangélisme).
    Situation complexe, donc, qui va bien au-delà d'un adjectif.

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