« Quelle place accorder aux aînés dans l’Eglise ? » par Marc Lüthi

Eglises

A plusieurs reprises ces derniers mois, Marc Lüthi a eu l’occasion d’intervenir lors de rencontres sur le thème des aînés dans l’Eglise. Il nous livre ici une version courte d’une de ses dernières contributions.

Par Marc Lüthi | le lundi, 10 octobre 2016

Le XXe siècle a été le théâtre de plusieurs révolutions démographiques dont il nous faut prendre note. Le premier constat est celui de la baisse de la mortalité à la naissance ainsi que d’une baisse générale de la fertilité. Mais le fait le plus marquant est celui de l’allongement de l’espérance de vie, qui a totalement changé le visage de la population en Suisse. Selon les recensements fédéraux fournis par l’Office fédéral de la statistique, le pourcentage des 65 ans et plus est passé de 6% en 1900 à 17,8% en 2014.

Depuis 1900, l’espérance de vie à la naissance est passée de 46,2 à 81,0 ans pour les hommes et de 48,8 à 85,2 ans pour les femmes. La différence entre les deux sexes se réduit depuis les années 90 et s'élève encore, en 2014, à 4,2 ans. Ce qui signifie qu’un homme de 65 ans aujourd’hui peut espérer vivre encore 19,4 ans et une femme du même âge 22,4 ans (1).

Le nombre de personnes de plus de 80 ans ne cesse d’augmenter et représentent 5% de la population. Et que dire des centenaires dont le nombre explose depuis 20 ans ? Entre 2000 et 2013, le nombre de ceux-ci a pratiquement doublé, passant de 787 à 1500 dont 1200 de sexe féminin et 300 de sexe masculin (2).

Autre changement important intervenu dans ce XXe siècle : l’institutionnalisation de la retraite et de l’assurance vieillesse en 1948, qui donne un nouveau statut aux personnes dites « à la retraite ». Il faut noter que l’espérance de vie était alors proche des 65 ans !

Il est certain que le vieillissement de la population pose un grand problème pour l’avenir économique de notre pays, étant donné que la proportion des personnes en activé professionnelle diminue régulièrement aux dépens des personnes au bénéfice de l’assurance vieillesse. Comment sera financée celle-ci ? Une question très actuelle !

Nous ne nous arrêterons pas à cet aspect économique et politique du vieillissement de la population, mais plutôt au phénomène de la prolongation de la vie et de la manière de la vivre !

Les aînés dans la Bible

Ouvrons la Bible pour mieux comprendre le sens et la valeur de la vieillesse.

« Tu te lèveras devant ceux qui ont des cheveux blancs, tu honoreras la personne du vieillard, c'est ainsi que tu révéreras ton Dieu. Je suis l'Eternel » (Lv 19.32). Cette estime manifestée au vieillard se change en loi dans le décalogue : « Honore ton père et ta mère, comme l’Eternel te l’a ordonné, afin de jouir d’une longue vie et de vivre heureux dans le pays que l’Eternel ton Dieu t’a donné » (Dt 6.16; cf. Ex 20.12).

Cette parole est citée à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament, en particulier par Jésus qui reproche à ses coreligionnaires de désobéir à ce commandement pour suivre leur propre tradition (Mt 15.3-7). Paul cite également cette parole dans ce que l’on nomme le code familial : « Honore ton père et ta mère : c’est le premier commandement auquel une promesse est faite » (Ep 6.2). Dans la même ligne, Paul rappelle à Timothée que « si quelqu’un ne prend pas soin des siens, en particulier des membres de sa famille, il a renié la foi et il est pire qu’un incroyant » (1 Tm 5.8).

A côté de ce commandement fondamental, de nombreux textes mentionnent des personnes âgées citées en exemple pour leur engagement. « Dans la vieillesse ils portent encore des fruits… » (Ps 92.15). Moïse et Josué conduisent le peuple jusqu’à l’âge de 120 ans. Caleb était âgé de 85 ans et il déclare : « Je suis encore vigoureux comme au jour où Moïse m’envoya ; j’ai autant de force que j’en avais alors, soit pour combattre, soit pour sortir et pour entrer » (Jos 14.10).

Elisée le prophète avait entre 80 et 90 ans « quand il fut atteint de la maladie dont il devait mourir » (1 R 14.4). Il était encore plein d’énergie spirituelle et d’inspiration prophétique.

Plusieurs aînés entourent la naissance de Jésus : Zacharie et Elisabeth avancés en âge donnèrent naissance à Jean-Baptiste, le précurseur (Luc 1). Siméon « vivait dans l’attente du salut d’Israël… L’Esprit Saint lui avait révélé qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Messie… Poussé par l’Esprit il vint au Temple… » (Lc 12.5-27). Anne, la prophétesse âgée de 84 ans, « ne quittait jamais le Temple où elle servait Dieu nuit et jour par le jeûne et la prière » (Lc 1.37).

L’apôtre Paul se disait vieillard, mais il était toujours à l’œuvre (Philémon 1.8-9). Pierre devenu vieux exhorte les jeunes et les anciens à travailler ensemble (1 Pi 5.5). Jean a reçu sa plus grande révélation à un âge avancé !

Sans oublier la citation du prophète Joël par Pierre le jour de la Pentecôte, qui annonce la visitation de l’Esprit sur toutes les générations : « Je répandrai de mon Esprit sur tout être humain ; vos fils et vos filles deviendront prophètes, je parlerai par des visions à vos jeunes gens et par des rêves à vos vieillards » (Ac 2.17, FRC).

Voilà qui démontre clairement que les personnes âgées ne sont ni au chômage, ni exclues du ministère ! Il n’y a pas d’âge limite pour le sacerdoce ! « Et même si notre être extérieur se détériore peu à peu, intérieurement nous sommes renouvelés de jour en jour » (2 Co 4.16).

Quelle place pour les aînés dans l’Eglise ?

Les personnes dites « retraitées » représentent une proportion importante de la population civile et certainement aussi de nos Eglises. Ceci étant, il est bon de réfléchir à la place accordée à cette population au sein de nos communautés locales, mais aussi au sein des structures de la FREE. Au moment où l’on parle de plus en plus de la dimension intergénérationnelle de nos Eglises comme d’un idéal vers lequel tendre, que faisons-nous pour l’intégration des aînés ? La situation est très différente d’une communauté locale à l’autre, mais ne serait-il pas opportun de mettre sur pied une commission se préoccupant des aînés au sein de la FREE ?

Etant conscients de la transition difficile – véritable mutation – que représente le passage à la retraite, ne serait-il pas opportun que soient organisés des cours de préparation à la retraite au sein de notre fédération ? A côté des cours proposés par Pro Senectute ou par des associations professionnelles, ce serait l’occasion de préparer et d’accompagner les personnes âgées aux plans spirituel et missionnel ! Car les aînés ont encore une mission à remplir, pour autant qu’ils soient en dialogue avec les générations actuelles et non nostalgiques du passé ! L’organisation de cours destinés aux seniors de type culturel ou biblique, ainsi que la mise sur pied de semaines de retraite pour les 50 ans et plus serait à coup sûr une contribution très positive !

Encore faudrait-il veiller à ce que nos structures locales et fédératives ne s’alignent pas systématiquement sur l’AVS, en excluant des responsabilités les personnes qui parviennent à la retraite. Cette mise à l’écart porte atteinte à la dignité des personnes et vient aggraver la difficulté de l’adaptation à la retraite professionnelle. Selon les statistiques, les personnes de 65 à 72 ans jouissent souvent d’une bonne santé, tant au plan physique que psychologique, et représentent une richesse pour la vie de l’Eglise. Sans oublier leurs disponibilités en temps et en compétences, pour ne rien dire de leur expérience !

Les retraités méritent d’être accompagnés dans les dernières étapes de leur vie. Combien est précieuse pour eux l’organisation de groupes d’aînés au sein de nos communautés avec des activités variées : culturelles, spirituelles ou de loisirs. En veillant toutefois que ce ne soit pas une manière de plus de les cantonner dans leur monde.

Pour qu’il y ait intégration des aînés dans l’Eglise, il faut absolument que certaines activités regroupent tous les âges, mais encore donnent l’occasion aux aînés de s’exprimer, par exemple dans le culte. Pourquoi ne pas leur donner l’occasion d’animer la louange, d’introduire le culte, d’apporter un témoignage, voire une prédication ? Pourquoi ne pas inviter les aînés à partager leur parcours de vie avec les enfants de l’école du dimanche ou avec les catéchumènes ?

Si, au cours des premières années de la retraite, les seniors peuvent participer à la vie régulière de l’Eglise, n’oublions pas ceux qui, pour des raisons de santé, sont tenus à l’écart et souvent dans la solitude. Le grand âge est une période de vie marquée par la fin de l’autonomie et de l’indépendance aux plans physique et/ou psychologique. Plus que jamais il est indispensable qu’on se souvienne d’eux par des visites régulières, voire en leur apportant périodiquement la sainte cène. Pour l’avoir vécu, ce sont des moments d’intense communion !

Il est certain que l’intégration des aînés dans l’Eglise est une réelle bénédiction ! Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit pas de les utiliser au maximum, mais de les honorer, en les intégrant et en prenant au sérieux leur mission.

Marc Lüthi
Pasteur FREE, ancien directeur de l’Institut biblique et missionnaire Emmaüs

Notes

1 Selon l’Office fédéral de la statistique.
2 Idem.

Lire la version longue de cet article.

1 réaction

  • Kouyoumdjian Charles vendredi, 14 octobre 2016 11:06

    J'ai eu l'occasion d'animer bien des camps seniors ( traduits par retraités, vieux...) . je suis pour une révolution des mentalités à savoir que la retraite ( et après) étant un changement de vie, sinon une nouvelle vie, nous devons lancer un appel à l'engagement des seniors jusque dans leur âge le plus avancé :intérêt pour les autres, prière, encouragement des jeunes et bien sûr intervention quand c'est possible. Il faut rappeler aux anciens que Dieu leur ouvre des "ministères" et que leur utilité n'est pas que formelle. Bref, il faut parler à nouveau de vocation et d'appel et se différencier de la société qui met les vieux de côté.

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