Devenir un pasteur ou une Eglise « verte » selon Dave Bookless

Dieu, l'écologie et moi

Le samedi 18 octobre à Bienne, la journée StopPauvreté 2014 a accueilli Dave Bookless, l’auteur de Dieu l’écologie et moi. Ce pasteur, aujourd’hui directeur théologique du mouvement écologique A Rocha, explique comment un pasteur ou une Eglise locale peuvent devenir plus « verts ».

Par Serge Carrel | le vendredi, 12 décembre 2014

« Lorsque nous avons acquis une petite voiture électrique, les gens autour de nous ont rigolé ! Ils se sont ensuite intéressés à la manière dont elle marchait et à ce qu’elle coûtait. Puis au moment de changer de voiture, ils se sont demandé s’ils ne devaient pas faire de même ! » Dave Bookless est pasteur anglican. Depuis 23 ans, il vit à Southall dans l’ouest de Londres, l’une des villes les plus multiethniques et multireligieuses d’Angleterre. D’abord responsable de communauté, il est devenu, au gré de nouvelles responsabilités à A Rocha, membre de l’équipe pastorale de cette paroisse anglicane.

Intégrer partout le respect de la création

« Si un pasteur ou des responsables d’Eglise souhaitent donner une dimension ‘plus verte’ à leur communauté, il ne s’agit pas d’ajouter quelque chose au programme », explique l’auteur de Dieu, l’écologie et moi. Il s’agit simplement de continuer ce qui fait le propre d’une communauté locale, en intégrant le respect de la création de Dieu dans la prédication, la louange ou les études bibliques. « En fait, c’est une autre manière de dire que Jésus est Seigneur. Et cela n’affecte pas simplement nos activités du dimanche ou notre destinée éternelle, mais notre manière d’acheter, la façon dont nous voyageons, la manière dont nous vivons dans les lieux que nous habitons. »

Quand il a voulu donner une dimension « plus verte » à son Eglise, Dave Bookless a rencontré quelques résistances. Pratiquement, les membres de sa communauté ont développé de l’opposition quand ils se sont sentis moins confortables. « Si on se met à questionner l’usage à tout va de la voiture au profit de la marche à pied ou des transports publics, si on encourage à consommer des aliments qui n’ont pas circulé autour de toute la planète, alors les résistances apparaissent. Mais, néanmoins, nous n’en avons pas rencontré trop. Surtout si, nous-mêmes, nous acceptons de vivre cela d’une manière qui paraît attrayante ! »

Retravailler la fin des temps !

Les résistances les plus importantes pour devenir une « Eglise verte », Dave Bookless les situe au niveau de la compréhension de certaines dimensions de la Bible. Fils de parents missionnaires en Inde, il était convaincu que notre monde serait complètement détruit au moment du retour de Jésus et que les chrétiens iraient au ciel, quelque part dans la présence de Dieu. « Quand j’ai relu les Ecritures, explique-t-il, bien sûr que j’ai vu qu’il y aurait un jugement de Dieu par le feu sur notre monde, mais le texte biblique parle aussi d’une délivrance de la création qui soupire après le Seigneur. De plus en Apocalypse 21, la demeure de Dieu descend au milieu des humains et l’ensemble de la création est restauré par cette extraordinaire présence. » Donc la création telle que nous la connaissons, Dieu y est foncièrement attaché et il la conservera. Renouvelée !

La priorité accordée à l’évangélisation a aussi constitué une résistance au fait de devenir une Eglise plus verte. « Dans ma vie chrétienne, cela avait créé une sorte de dualisme, comme si tout ce qui venait après l’évangélisation était secondaire, commente-t-il. Lorsque j’ai relu l’Evangile et notamment la vie de Jésus, j’ai découvert que le Christ ne vivait pas une telle polarisation. Certes, il prêchait la Bonne Nouvelle, mais celle-ci ne concernait pas uniquement le fait d’être sauvé, mais aussi la guérison de nos corps, la libération des forces démoniaques… C’était une Bonne Nouvelle pour l’ensemble de la création. » En appui, à cette perception intégrale de l’Evangile, Dave Bookless avance la fin de l’évangile de Marc où Jésus invite ses disciples à prêcher la Bonne Nouvelle à toute la création (Mc 16,15). L’Evangile revêt alors une dimension intérieure, mais aussi sociale et écologique. « Et c’est bien plus attrayant pour nos contemporains, ajoute le pasteur anglais. Notre message ne touche pas la manière dont nous pouvons échapper à cette planète, mais comment le salut se déploie pour nous et pour tout ce qui nous entoure. »

Un parc, signe de ce salut intégral !

Voilà 12 ans, ce salut a pris corps à Southall au travers d’un projet original conduit par Dave Bookless et une équipe de l’organisation écologique A Rocha. Le pasteur anglican avait repéré non loin de chez lui un terrain de 35 hectares, laissé à l’abandon et propriété du gouvernement. Après moult négociations et démarches administratives, ce terrain est devenu, sous l’égide de l’Eglise, un parc régional et une réserve naturelle. Aujourd’hui, les arbres y ont grandi et un brin de vie sauvage, dans une banlieue très urbanisée de Londres, s’y est installé. « Un responsable d’une autre communauté religieuse m’a dit dernièrement, conclut Dave Bookless, que ce projet avait apporté de l’espoir à la population de la région. Durant les trente dernières années, les conditions de vie étaient allées de mal en pis. La création de ce parc a montré que quelque chose de positif et de durable pouvait intervenir et bénéficier à tous localement. »

Serge Carrel

Dave Bookless, Dieu, l’écologie et moi, Dossier Vivre no 37, Saint-Prex, Je Sème, 2014, 2010. Prix : 15.- + frais de port. Pour toute commande.

La traduction française de l’intervention de Dave Bookless à la journée du 18 octobre est disponible sur lafree.ch ainsi que la vidéo de son intervention de l’après-midi

Voir aussi notre dossier autour du thème « Dieu, l’écologie et moi ».

Publicité

Nouveau numéro Vivre

Agenda

Vers l'agenda