Crissier: des panneaux solaires sur une église pour augmenter l’aide humanitaire

Dieu, l'écologie et moi

L’Eglise La Colline de Crissier (FREE) vient d’installer des panneaux solaires sur son toit. Objectif : venir en aide à celles et ceux qui souffrent le plus du réchauffement climatique, tous ou presque habitant les pays les plus pauvres de la planète. La démarche fait des émules.

Par Gabrielle Desarzens | le vendredi, 26 juin 2015

L’idée a été élaborée il y a un an par Jean-Daniel André, alors responsable romand de StopPauvreté. Elle a été soumise au conseil de l’Eglise La Colline à Crissier (VD) en septembre 2014 : « Le solaire était pour nous un moyen créatif de récolter un soutien financier pour le travail humanitaire ; et un moyen qui ne touche pas les réserves de la communauté », explique son pasteur Cédric Chanson. La pose de panneaux solaires, qui occupent 94 m2 des deux pans est et ouest du bâtiment, permettront en effet un bénéfice annuel de CHF 3'000.- , qui sera remis intégralement au Service de missions et d’entraide (SME), l’ONG humanitaire de la FREE. « Ce projet aujourd’hui concrétisé met en lien notre responsabilité face à l’environnement et l’amour du prochain qu’on est appelé à pratiquer, détaille le pasteur. Quand on sait que les conséquences du réchauffement climatique touchent d’abord les plus pauvres des pays du Sud, la démarche est légitime à double titre. »

Une occasion de témoignage

Ce qu’on appelle actuellement le « tournant énergétique » n’est souvent pas perçu comme une priorité dans les Eglises qui veulent avant tout évangéliser. « Mais les panneaux solaires qui se voient loin à la ronde sont déjà des occasions de témoignage : ils nous permettent de parler des actions que nous soutenons dans différents pays et d’expliquer ce qui nous anime », relève Cédric Chanson. Car pour ce dernier, pas de doute : prendre soin de la création signifie très concrètement aimer son prochain.

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A ses côtés, Jean-Daniel André, ingénieur, membre de la communauté et locomotive du projet, rappelle le mandat que Dieu donne à l’homme dans le livre de la Genèse en lui demandant d’être « le gardien de la création ». Peu importe, selon lui, l’interprétation théologique que l’on fait de la promesse de « nouveaux cieux » et d’une « nouvelle terre » (« nouveau », mais aussi « renouvelé » dans le texte original) : on doit tendre à la restauration, que ce soit au niveau de l’environnement, de la justice ou au niveau relationnel, estime-t-il.

Mission intégrale

Si l’idée a été accueillie favorablement, « la rapidité opérationnelle pour concrétiser un tel projet n’est pas dans l’ADN de nos Eglises », commente Cédric Chanson. Une chance : Romande Energie offrait un tarif préférentiel sur Vaud pour toute installation mise en place avant la fin juin... Après quoi, le tarif baissait de 60%. « On a donc été mis sous pression et fait avancer le projet à grande vitesse ! »

Maintenant que les panneaux sont en place, ils suscitent des réflexions... et une émulation : des membres de l’Eglise s’intéressent d’ores et déjà à mettre sur leur villa de tels panneaux. « Il y a finalement une vraie discussion autour de ce qu’on appelle la ‘mission intégrale’, souligne Jean-Daniel André. On ne fait pas seulement ça pour économiser de l’argent ou pour donner une belle image à l’extérieur, mais parce qu’on y croit ! Oui, on croit qu’aimer son prochain signifie se préoccuper de tous ses besoins, mais aussi faire ce qu’on peut pour ne pas péjorer les ressources dont il dépend. On agit ainsi en amont, de façon responsable. Et intelligente. »

Gabrielle Desarzens

  • Encadré 1:

    Cinq conseils du WWF

    Mirjam Gasser, cheffe de projet au WWF Suisse, conseille les communes et les institutions qui souhaitent initier une transition énergétique. Elle a notamment été l’invitée de la session plénière de StopPauvreté à Bienne fin 2014. Interpellée sur ce que peuvent faire les Eglises dans ce domaine, elle leur donne 5 clés :

    Nommer un responsable « Environnement » ou « Sauvegarde de la création ».

    Mettre sur pied une stratégie de durabilité.

    Choisir du courant vert pour les bâtiments de l’Eglise.

    Faire une comptabilité énergétique et prendre les mesures nécessaires pour améliorer la comptabilité énergétique de l’Eglise (par exemple par un chauffage et un éclairage efficients).

    Informer les membres des activités pour la sauvegarde de la création et les motiver à s’engager chez eux aussi.

    Un investissement de départ reste nécessaire. Dans le cas de l’Eglise La Colline à Crissier, une fondation privée a pu avancer les fonds pour financer les travaux, devisés à CHF 32'000.-, dont l’Etat de Vaud subventionne le tiers environ.

    Cette installation est fiscalement déductible.

    Pour aller plus loin : Guide et conseils pratiques – Installations solaires sur les bâtiments ecclésiaux

  • Encadré 2:

    L’énergie solaire a le vent en poupe

    La demande en panneaux solaires est aujourd’hui énorme sur Vaud de la part de particuliers, déclare Alexandre Blatter, artisan-solaire, qui vient de fonder avec son frère Michaël sa propre entreprise sous le nom MCR-E. Cela s’explique : « Une loi vaudoise oblige depuis 2014 les nouvelles constructions à couvrir 20% de leur consommation électrique par une source d’énergie renouvelable. »

    S’il a posé les panneaux solaires à l’Eglise La Colline de Crissier, il s’est aussi occupé de l’Eglise du Réveil de Duillier et de l’Assemblée chrétienne des « Trois-Rois » à Lausanne.

    Avec la sortie du nucléaire, le prix de l’électricité va augmenter : « Les gens réfléchissent donc aussi à sécuriser un approvisionnement électrique bon marché. »

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