Daniel Marguerat présente un parcours stimulant autour de l’argent

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Vous souhaitez découvrir ce que la Bible dit de l’argent ? Alors ne manquez pas le petit livre de Daniel Marguerat, professeur de Nouveau Testament en retraite de l’Université de Lausanne. Dieu et l’argent. Une parole à oser vous dit tout en 96 pages ! De l’argent signe de bénédiction de Dieu au dépouillement radical, en passant par l’argent, dieu Mamon.

Par La FREE | le mardi, 22 octobre 2013

La question de l’argent fait débat en milieu évangélique. Certains adeptes de l’Evangile de la prospérité voient dans la possession de richesses uniquement le signe de la bénédiction de Dieu sur la vie d’un individu. D’autres, plus marqués par un discours critique à l’endroit de l’argent, font de lui le diable personnifié.

Dans son petit livre Dieu et l’argent. Une parole à oser, Daniel Marguerat, professeur retraité de Nouveau Testament à l’Université de Lausanne, propose un parcours biblique qui met en perspective de manière stimulante la complexité du donné biblique.

Oui à l’argent signe de bénédiction !

Avoir de l’argent est un signe de la bonté de Dieu à l’endroit du croyant. C’est, à partir de l’Ancien Testament, un constat qu’il importe de faire lorsque l’on considère la manière dont sont dépeints certains personnages bibliques, comme Abraham, Isaac, Jacob… qui sont dits riches et bénis de Dieu. Mais cette manière de considérer la possession de biens passe aussi par la valorisation de la justice sociale. « Il ne devrait pas y avoir de pauvre chez toi », dit Dieu à son peuple (Dt 15,4). D’où la mise en place de diverses manières de faire qui permettront aux plus pauvres de survivre, voire de bénéficier d’une seconde chance : le droit de glanage, la libération de l’esclave tous les sept ans ou l’année du jubilé qui, tous les cinquante ans, permet au pauvre de retrouver le bien qu’il a dû vendre pour faire face à ses obligations.

L’Ancien Testament n’en reste pas là. Il relaie aussi le propos des prophètes qui annoncent la colère de Dieu contre certains riches. Que l’on prenne Amos, Michée, Esaïe, Ezéchiel… ils dénoncent l’argent sale et qualifient les délits économiques de péchés ! Cette veine prophétique se retrouve dans le Nouveau Testament. Notamment quand Jésus s’exclame « Malheur aux riches » (Luc 6.24) et quand Jacques leur annonce que « leur richesse est pourrie et leurs vêtements mangés par des vers » (Ja 5.1-2).

La relation à l’argent : une spiritualité !

Pour Daniel Marguerat, le cœur de la vision biblique de l’argent s’enracine dans la fameuse parole de Jésus : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » (Mt 6.24). Par cette assimilation de l’argent à un dieu, Jésus fait passer notre relation aux richesses de la sphère de l’éthique à celle de la spiritualité. « La gestion des biens, explique-t-il, est un domaine où se joue l’orientation de notre vie. C’est un lieu où se décide quel est en vérité notre ordre de valeurs, ou si l’on préfère, quel est notre dieu » (p. 37). La question devient alors non pas : que fais-tu de ton argent ? mais : qu’est-ce que l’argent fait de toi ?

A partir de l’histoire de Zachée, Daniel Marguerat montre le renversement qui s’opère dans la vie de ce collecteur d’impôts. De maître qu’il était dans la vie de ce petit homme, l’argent devient créatif : il corrige des injustices commises, il suscite des relations et crée du bonheur. Pour reprendre une formule du philosophe et théologien Jacques Ellul, dans la vie de Zachée l’argent est « profané ». L’idole qu’il peut devenir est désacralisée et les richesses entrent dans la sphère du don et de la gratuité (p. 47).

Cinq pistes pour gérer son argent

A partir de la mise en avant de cette « spiritualité » de l’argent, Daniel Marguerat discerne dans le Nouveau Testament cinq modèles de liberté à l’égard de la possession de biens. Deux sont marqués par l’utopie : le dépouillement radical (à partir de l’invitation de Jésus à tout vendre faite au jeune homme riche) et la communauté des biens (Ac 2.44-45) ; et trois modèles marqués par la participation à partir des écrits de l’apôtre Paul : la collecte, le mécénat (des propriétaires plutôt fortunés accueillaient dans leur maison le vécu communautaire des Eglises locales) et le bénévolat (Paul dans sa relation non pécuniaire avec les Corinthiens).

Et Daniel Marguerat de terminer son parcours biblique autour de l’argent en soulignant que le chrétien est libre de choisir parmi ces options. Une chose étant sûre : « Il est indispensable que les Eglises soutiennent et stimulent à la fois les modèles d’utopie et les modèles de participation pour éviter que le silence recouvre de son linceul le monde secret de l’argent où se joue une part de notre destinée » (p. 73).

Un regard biblique équilibré

De par sa brièveté et la vigueur de son style, Dieu et l’argent. Une parole à oser propose un regard biblique équilibré entre les différentes manières d’envisager l’argent dans la Bible. Très judicieusement, il rappelle les chrétiens à leur liberté de choisir entre les différents modèles de gestion des biens que propose le Nouveau Testament. Une liberté qui découle du choix du Christ comme unique Seigneur !

Serge Carrel

Daniel Marguerat, Dieu et l’argent. Une parole à oser, Bière, Cabédita, 2013, 96 p. Prix : 25.- Plus d’infos.