«Marie, cette révolutionnaire!»

Biblique

Pour l’écrivain Marek Halter, Marie a joué un rôle capital dans le devenir de Jésus. Elle a été «une Rosa Luxembourg de son temps!» Rencontre à Paris.

Par Gabrielle Desarzens | le mercredi, 23 décembre 2015

Marek Halter, 79 ans, vient de terminer une trilogie sur les femmes de l’islam. Auparavant, il avait rédigé «La Bible au féminin», et dressé le portrait de Sarah, femme d’Abraham, de Tsippora, femme de Moïse, de Lilah, sœur d’Esdras, puis de Marie. Cette dernière a la particularité d’être présente dans les trois religions monothéistes, rappelle-t-il dans son atelier du IIIe arrondissement de Paris.

Marie est une icône de douceur chez les peintres, un symbole de maternité, voire un modèle de soumission... «C’est pour cela qu’elle plaît tellement aux auteurs du Coran. On y parle d’ailleurs plus de Marie que dans les Evangiles, souligne Marek Halter. Or c’était une révolutionnaire, une Rosa Luxembourg de son temps!»

L’impulsion de Marie

La madone que le romancier dépeint dans son livre «Marie» est une femme cultivée, qui a étudié la philosophie, la politique, la langue grecque. Et une mère juive par excellence, «un peu comme la conçoit Woody Allen: toujours là, présente au-delà de l’acceptable, qui veut gérer le présent et l’avenir de ses enfants... Marie était comme ça!»

Et cette mère croit que son fils est celui que tous attendent: «Elle croit en lui, alors que lui-même doute encore.» Et elle l’oblige à devenir le Christ: «Une scène que j’ai mise presque au centre de mon livre à son sujet, ce sont les noces de Cana. C’est le premier grand miracle du Christ. Mais comment s’effectue-t-il? Il faut lire les textes!»

Et Marek Halter de raconter que Marie s’engage dans ce mariage. On y danse, on y chante... «C’est un mariage juif!» A un moment donné, il n’y a plus de vin. Marie s’approche alors de son fils et le lui dit. Lui comprend tout de suite ce qu’elle veut. Il répond: «Femme, mon heure n’est pas encore venue.» Comprenez: il pense que ce n’est pas encore le moment de révéler ses dons. Car face à la police romaine, il y a comme la milice de Vichy, soit les Sadducéens du temple qui collaborent et qui ne supporteraient pas un homme qui promet un nouveau royaume, un nouveau système... Jésus sait que s’il se dévoile, il se condamne à mort. Mais sa mère le piège: elle fait amener des jarres pleines d’eau... que son fils transforme en vin. Avec cet acte, il devient le Christ et tout le monde le suit.»

Pour Marek Halter, c’est donc Marie qui transforme ainsi le monde. «Et elle sait ce qu’elle fait. Pas de christianisme sans elle!»

La fierté d’une mère

Dans son ouvrage sur Marie, le romancier évoque «la faute de l’impatience à Cana». Et lui fait dire, en citant un certain «Evangile de Marie» qu’il raconte avoir retrouvé à Varsovie: «Que l’Eternel Seigneur pardonne la fierté d’une mère. Celle qui a donné naissance à Yechoua (ndlr: Jésus), celle qui l’a révélé au monde et l’a gardé en vie. Pour toujours.»

Marek Halter salue la ténacité de cette femme qui, comme une Sarah ou une Khadija, première femme du prophète Mahomet, «nous parle de nous», nous renseigne sur notre propre identité. Il dresse d’ailleurs le portrait de ces femmes des trois traditions monothéistes comme autant d’outils pour une meilleure compréhension réciproque. Et montre que le monde peut changer, s’émanciper, si la femme, à l’intérieur de sa propre société, parvient à se libérer et à s’affirmer.

Gabrielle Desarzens

Marek Halter est l’invité de l’émission «A vue d’esprit» sur RTS Espace 2 toute cette semaine à 16h30.

Voir la fenêtre du calendrier de l’Avent Noël2015.net : « Marek Halter : ‘Jésus a propagé l’amour’ ».

Marek Halter, série «La Bible au féminin»: «Sarah» (2003), «Tsippora» (2004), «Lilah» (2005) et «Marie» (2006). Série «Les femmes de l’islam»: «Khadija» (2014), «Fatima» (2015), «Aicha» (2015). Editions Robert Laffont.

Cet article a été publié le samedi 19 décembre dans les colonnes de La Liberté.

4 réactions

  • Marik samedi, 09 janvier 2016 19:04

    Merci infiniment Gabrielle pour cette passionnante série d'entretiens dont j'ai savouré la tournure d'esprit de Marek Halter. Je ne vais pas manquer de me procurer quelques uns de ses portraits de femmes !!

  • Marik jeudi, 14 janvier 2016 17:47

    Je viens de terminer Sarah ! J'ai aimé découvrir, grâce aux descriptions colorées et parfumées de Marek Halter, tout un monde qui, sous sa plume, s'est ouvert à mon regard. Un pur régal ! Ce que j'ai tant apprécié c'est que sous le couvert du roman imaginatif, tout le contexte culturel jaillit sans peine. J'ai "glissé" d'un mot à l'autre... en perdant la notion du temps et de mon lieu !

    Je vais maintenant partir à la découverte du monde de Marie et vous en donnerai des nouvelles...

  • Pascal Vidoudez mercredi, 20 janvier 2016 13:06

    Je prends connaissance avec retard de cet article. Voici ma contribution.

    Nous n'avons pas la même lecture de Marie dans les Evangiles que dans le Coran. Par exemple : les noces de Cana cité dans cet article. Ce n'est pas Marie qui fait amener des jarres pleines d'eau comme l'écrivain le mentionne mais Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d'eau ces vases. Et ils les remplirent jusqu'au bord. Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l'ordonnateur du repas. Et ils en portèrent. » (Jean 2:7-8).

    Je précise ce point pour les internautes qui nous visitent et qui n'ont pas lu la Bible.

    D'autre part, ce qui est rapporté de Marie semble dire qu'elle a toujours cru en son Fils comme étant le Christ, c'est à dire le Messie. Toutefois, en lisant les Evangiles, on constate que Marie n'a pas toujours été à la suite de Jésus, tout comme ses autres fils qui eux reconnurent Jésus en tant que Messie qu'après Sa résurrection.

    Il est déconcertant de lire que Marie "croit en Lui, alors que lui-même doute encore", surtout si l’on considère ce passage relaté de Luc, où il est fait mention qu’à 12/13 ans (l’âge où un humain devient responsable de ses actes devant D.ieu), Jésus était resté dans le temple, « assis au milieu des maîtres les écoutant et les interrogeant. Tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. Quand ses parents le virent, ils furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu agi ainsi avec nous ? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse. Jésus leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? Mais ils ne comprirent pas ce qu’Il leur disait ». (Luc 2 :47-50)

    Toutefois, Marie était une humble jeune fille juive de confession juive qui a reçu la visite de l'ange lui annonçant de qui elle allait être enceinte. Tout en étant que fiancée à ce moment-là, elle a surmonté les regards désapprobateurs de son entourage. Elle a agi avec foi et ténacité, étant persévérante dans sa foi juive, dans les nombreuses périodes difficiles qu'elle a pu traverser. Elle nous donne des pistes de comment gérer nos incertitudes dans la confiance.
    A plusieurs reprises, les Evangiles mentionnent que Marie retenait tel ou tel évènement et les méditait dans son cœur.

  • Marik mercredi, 20 janvier 2016 22:48

    Voilà ce que Marek Halter dit de son roman "Marie" :

    "Existe-t-il une personne au monde qui ignorerait le nom de Marie, mère de Jésus, celle qui engendra le plus grand bouleversement spirituel depuis la naissance du monothéisme ? Pourtant, ce que nous disent les Evangiles se résume à quelques versets elliptiques et mystérieux.
    Durant les années nécessaires à la rédaction de ce roman, dressant le portrait de "ma Marie", je me suis efforcé d'IMAGINER qui avait pu être cette Miryem de Nazareth, née en Galilée dans le chaotique royaume d'Israël en butte à l'occupation romaine.
    Aujourd'hui, j'aimerais partager cette histoire passionnante avec vous". (Marek Halter)

    Donc : ce roman Imaginatif ne se veut nullement une biographie de Marie s'appuyant sur les évangiles mais bien... un roman que je viens juste de terminer et qui m'a à nouveau appris tant de choses quant au climat ambiant de la Galilée et de la Judée sous une plume se faisant pinceau peignant avec justesse les paysages et les personnages mieux que ne le font certains films "pseudo historiques" hollywoodiens en carton pâte...

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